Line Hogsark
Carnet de bord
Chronique

Les phases inévitables d’une rupture, quand tu te fais plaquer j’entends (sinon c’est pas drôle).

Paris, le 2 mai 2014

Si vous avez lu cet article, vous n’avez pas pu passer à côté du fait que je me suis fait plaquer au mois de septembre. Mais genre bien plaquer. Je suis désolé, je pensais que c’était ce que je voulais, mais finalement pas du tout, la vie à deux ce n’est pas pour moi. Ma priorité c’est mon travail, ma musique, ma batterie, mes répétitions, mes concerts, et je ne veux pas faire de concessions. Je le regretterai peut-être un jour, j’en sais rien, mais aujourd’hui j’ai besoin d’être seul. Voilà, ça, c’est fait. Sans oublier bien évidemment LA phrase, ma préférée de toutes et de loin : Tu es une fille extraordinaire, tu mérites mieux. Et mon cul c’est du jambon de parme.

Cette rupture a donc été, et je le dis avec une affirmation certaine après un rétablissement qui aura duré sept mois, la plus difficile de toutes. La dernière en date ayant été un tantinet (largement) plus facile à gérer puisque c’est moi qui quittais un abruti fini après deux ans et demi de relation chaotique – relation qui pourrait néanmoins me faire décrocher le prochain Prix Nobel de littérature si je décidais d’en faire un roman et d’y narrer toutes les anecdotes sordides qui en ont découlé. Mais revenons-en au sujet principal et pour le moins passionnant de cet article : la rupture brutale et douloureuse quand tu te fais plaquer comme une merde, par téléphone, du jour au lendemain.

Phase 1 : Le déni.

Vous êtes ensemble depuis bientôt un an, vous venez de partir en vacances, vous vivez même tous les deux depuis trois mois parce qu’il vous l’a proposé, chez lui il appelle ça maintenant chez vous, sa mère et tous ses potes vous adorent, c’est évident, ce n’est rien, il est sûrement possédé. Ou alors il est tombé sur la tête et est entré dans un état sévère de bipolarité sur lequel il n’a manifestement aucun contrôle. Demain, il appellera.

Phase 2 : La prise de conscience.

Bon, visiblement, ceci est bel et bien une rupture. Il l’a dit, c’est difficile pour lui, il a besoin d’avancer, de se concentrer sur son travail et sa musique, alors il reprend sa vie comme si vous n’aviez jamais existé. Jamais. Il vous vire de Facebook, Instagram, Twitter, supprime tous vos amis communs et, achèvement ultime, vous bloque même. À ce moment-là, la réalité est inévitable : il vous a plaquée. D’à peu près sept façons différentes si on comptabilise tous les réseaux sociaux.

Phase 3 : La fontaine.

À comprendre là que vos yeux sont devenus une réelle source d’abreuvement. Généralement, la phase fontaine ne survient qu’au dur moment où l’on réalise que, vraiment, mais vraiment, là, c’est finit. Et ça, on ne le réalise pas tout de suite (oui, avant on pense à la théorie beaucoup plus vraisemblable de la possession). À partir de ce moment-là, vous passez donc le plus clair de votre temps à pleurer comme si chaque minute de votre existence était un passage en boucle de la mort de Mike Delfino et, au lieu de vous faire une raison, vous passez vos soirées à composer son numéro de téléphone que vous avez supprimé de votre répertoire mais que vous connaissez par cœur (votre mémoire est une pute) en sachant pertinemment que vous n’appuierez jamais sur le bouton vert puisque vous savez qu’il ne décrochera pas et que, finalement, même s’il était soudain pris d’une crise aiguë d’astigmatisme et ne reconnaissait pas votre numéro, entendre sa voix ne servirait qu’à vous torturer davantage et à abreuver bien plus abondamment les draps de votre oreiller.

Phase 4 : La colère.

Soit la phase la plus facile à traverser étant donné que, c’est bien connu, la colère fait oublier tout autre sentiment. Durant cette phase, les notions de manque et d’amour n’existent plus, seul réside le besoin viscéral d’égorger la source évidente du mal-être : le connard, l’enfoiré, le trou du cul qui vous a fait ça. Les bons souvenirs ne sont plus là et les merveilleux moments passés ensemble vous sont aussi précieux que le tampon biodégradable que vous venez d’utiliser. D’autant plus que vous l’imaginez bien, lui, s’envoyer en l’air un peu partout pour essayer de vous oublier en moins de temps qu’il n’en faut pour dégommer un Big Mac, alors que vous, votre hymen aura probablement le temps de se ressouder avant que vous ne passiez à autre chose, puisqu’en ce qui vous concerne, vous avez plutôt l’impression que ça prendra le temps de manger le gratin dauphinois du record mondial (vingt mètres de long, deux mètres de large, trois mille kilos, si).

Phase 5 : La résignation.

Une fois cette phase atteinte, la colère est passée, le sentiment de manque revient et les bons souvenirs que vous avez de lui sont la seule chose à laquelle vous vous interdisez de penser de peur de retomber dans la phase fontaine. La phase de la résignation consiste en fait à admettre que les souvenirs sont tout ce qu’il vous reste et à aller de l’avant, arrêter de s’imaginer chaque matin qu’il va revenir frapper à votre porte comme dans une chanson de Taylor Swift, décider d’aller mieux et commencer l’entrée dans la phase suivante : l’oubli.

Phase 6 : L’oubli.

Pour se faire, se changer les idées et s’enfiler les dix saisons de Friends en VO s’avère inévitable. À noter que cette phase peut s’avérer assez difficile lorsque l’homme en question s’amuse à vous écrire de temps en temps, lui qui voulait faire comme si vous n’aviez jamais existé. Note personnelle : le message d’anniversaire à vingt-trois heures cinquante (à dix minutes de mon non-anniversaire donc) et celui de Noël à deux heures du matin pour m’embrasser moi et ma famille, chéri, si tu passes par là, tu aurais pu t’en passer.

Phase 7 : La voie de la guérison.

Le bout du tunnel approche mes amis. Nous sommes six mois plus tard et, enfin, la station de métro de votre rencontre redevient un nom improbable parmi tant d’autres et non le déclencheur d’une activité indécente de vos glandes lacrymales. Enfin vous réalisez que, finalement, il n’était pas fait pour vous et que vous êtes bien mieux sans lui, pour de vrai. Parce qu’en fait, il avait raison, vous méritez mieux et, un musicien lunatique qui rentre à deux heures du matin cinq soirs par semaine pour mettre les pieds sous la table et réchauffer le petit plat que vous lui avez préparé en se plaignant que le concentré de tomates il est trop concentré justement, vous n’en voulez pas et souhaitez bien du courage à la nana qui prendra le relai.

Phase 8 : La renaissance.

Ô joie, bonheur, allégresse, félicité, fortune, ça y est, vous resplendissez. Enfin tout du moins vous allez bien, parce que resplendir quand il pleut des cordes au mois de mai avec des cheveux qui réagissent mal à l’humidité, c’est quand même délicat (et bien oui, toujours, gardons le sens des réalités). Lui, vous n’y pensez plus, il n’existe plus, et vous réalisez que ces quelques mois de célibat sans un seul mec dans votre vie vous ont fait plus de bien que des années de vie de couple. Vous vous sentez nouvelle, bien dans vos pompes même si vous faites deux kilos de trop et vous vous surprenez à faire des choses que vous n’auriez jamais faites avant. Comme courir après ce mec qui était assis devant vous hier au cinéma pour lui demander, un peu tremblotante quand même, son numéro.

#NowPlaying Cut Them Free, Dusted.
Le 2 mai 2014
Les mots
Pour aller plus vite tout en bas
  1. Heidi, le 23 mai 2014.

    Sur le coup, ça se digère mal (comme le concentré de tomate, la palme !), mais avec le recul et les années tu en riras.

  2. Workshoot, le 23 mai 2014.

    Trop fan <3
    J'avoue c'est bien souvent comme ça que ça se passe, ravie que tu aille beaucoup mieux.
    En tout cas, cette histoire t'aura donner de l'inspiration pour cette chronique vraiment réussie !
    Bisous

  3. Cha. Kzls, le 23 mai 2014.

    Coucou Céline,
    Merci pour cette découverte (tu m’a laissé un com su mon blog) ton blog est vraiment sympa, j’aime bien ton humour et ta façon d’écrire et il est super jolie !
    Si ça te dis mon blog est aussi sur fb : https://www.facebook.com/frommarseillewithlove
    A bientôt et bonne continuation :)
    Bisettes
    Charlotte

  4. Tiger Lily, le 26 mai 2014.

    Je trouve que la pire phrase est « tu es trop bien pour moi » !

  5. Mora, le 26 mai 2014.

    Excellent ! Et tellement vrai ! Ravie que tu t’en sois remise en tout cas :) Bisous ma jolie

    http://LESPLACARDSDEMORA.BLOGSPOT.COM/

  6. Tinylizzie, le 28 mai 2014.

    « Tu es une fille extraordinaire, tu mérites mieux.  » -> Comment larguer une meuf sans passer pour un connard. Mais en fait si, t’es un connard. Honnête mais un connard quand même. Et clairement, oui tu mérites mieux.

    Je suis heureuse que tu sois de nouveau bien. Ça me rend triste quand vous n’êtes pas bien, toi et Manon.

    *Gros câlin d’amour*

  7. Livresse des mots, le 22 juin 2014.

    Oh, j’ai eu des frissons en lisant cet article…
    J’ai connu tout ça, exactement dans le même ordre, et du coup… brrr ça m’a fait frissonner ! Mais il m’a fallu 4 ans pour atteindre le stade de la renaissance… Mon chemin de croix a été long, le premier amour est le plus dur à digérer.
    Merci pour cet article merveilleux. J’aime ta plume, ton humour et tout ça… :)