Line Hogsark
Carnet de bord
Journal / Work

Le dimanche, c’est sacré. Sauf pour les procrastinateurs légèrement abrutis comme moi qui s’imaginent qu’ils vont avoir le temps, en 24h, de rattraper une semaine de travail.

Paris, le 2 juin 2014

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Tous les jours j’essaie de me dire Allez Céline, fais ça maintenant, écoute les conseils de ton père, après tu seras peinarde, et tous les jours je finis par appliquer un mode de fonctionnement d’une incompatibilité évidente avec cette pensée puisque je finis toujours en fait par me convaincre que nan, tranquille, j’ai encore le temps. À l’école, ça marchait plutôt bien, s’il fallait rendre un exposé le 24 mars qui avait été donné le 18 décembre, je faisais simplement et vaillamment deux nuits blanches le 22 et le 23 tout en nous insultant toutes les trente secondes, moi et mon incapacité à faire les choses en temps et en heure. Au bureau, ça allait encore, s’il fallait envoyer au client le jeudi soir les premières maquettes d’une magnifique brochure sur l’épargne salariale (un travail de créativité assez impressionnant, en tant que graphiste c’était l’épanouissement professionnel à son paroxysme), je prenais tous les autres dossiers en priorité et finissais par me plonger dans les tableaux, diagrammes et autres somptueux camemberts des plans d’épargne le jeudi matin à sept heures, toujours en proférant de tendres insultes à mon encontre (c’est que l’amour de soi peut se retrouver ébranlé quand on se lève avant l’aube pour aller au bureau à l’heure où l’open space est aussi peuplé que le désert de Gobi).

J’ai pourtant essayé de changer et de fonctionner différemment pour éviter de me retrouver une nouvelle fois dans ce genre de situations (je ne sais pas si vous avez déjà pris le RER B pour aller au boulot à six heures du matin, mais quand ça arrive plusieurs fois dans le mois c’est comme s’injecter de l’arsenic à petites doses pour se la jouer Madame Bovary, à la fin on en meurt), mais c’est scientifiquement et génétiquement impossible en ce qui me concerne. Et autant avant je pouvais dire que je m’en sortais (vaillamment, comme susmentionné), autant maintenant que je vis toute seule, que je ne suis plus régie par l’ordre parental, que je travaille pour moi et que je ne suis plus soumise à l’horaire collectif de travail applicable, dans ma vie, c’est l’anarchie. C’est-à-dire qu’au lieu de répartir mon travail sur plusieurs jours comme je devrais normalement le faire afin d’instaurer un rythme saint et équilibré à ma vie, j’alterne en fait systématiquement entre trois jours de Carpe Diem et une journée inévitablement frénétique de sainte horreur.

Journée Carpe Diem

Je ne mets jamais de réveil, je suis réveillée tôt par la lumière du jour et, peu importe l’heure à laquelle je me suis couchée, j’ouvre toujours les yeux entre neuf et dix heures. La première chose que je fais c’est mettre de la musique et prendre mon iPad qui dort près de moi (non, ce n’est pas triste). Je fais un tour sur Facebook et Twitter, je lis quelques articles, je passe un petit quart d’heure sur Pinterest et, enfin, je sors du lit. À ce moment-là, j’ai faim, alors je fais griller du pain, je fais chauffer la poêle et je me fais des oeufs (brouillés, sur le plat, à la coque, je suis une ouf, je varie). Je mange dans le canapé en lisant mes mails, je réalise qu’il y a un an à la même heure j’étais au bureau et je me dis Fichtre, j’ai de la chance (d’accord, en réalité je suis légèrement plus vulgaire), je travaille un peu, je passe quelques coups de téléphone, je fais des modifications sur des maquettes, je les envoie, quand c’est un jour béni et qu’on me valide définitivement un truc, je me sens libre, vivante, heureuse, triomphante, j’augmente le volume de la musique et entame une danse approximative dans mon salon. Du coup je n’ai plus envie de travailler, je me dis que les maquettes pour le site de Tartempion peuvent attendre demain parce que j’ai dit que je les enverrai lundi et que là on est jeudi (je suis large donc), que les cartes de visites de Machin et les affiches de Bidule ça va me prendre cinq ou six heures à tout casser samedi après-midi, alors je vais prendre ma douche et je rejoins des copines pour manger. Ensuite je me balade ou je rentre directement, dans les deux cas je réfléchis souvent à ce dont je vais bien pouvoir vous parler et aux photos que j’ai envie de prendre. Parfois je commence à écrire et ça me prend des heures (comme je suis perfectionniste je me relis vingt fois, je supprime tout un paragraphe que je viens de taper et puis je recommence), parfois je n’écris pas mais je m’occupe de définir le sujet des articles de la semaine, je trouve des idées, je réfléchis à une recette et je prends des photos en adéquation avec le tout. Le soir arrive vite, je sors avec mes amis, mes amis viennent à la maison ou alors je ne fais rien du tout et avec Bibou nous mourrons devant True Detective et Matthew McConaughey en marcel blanc avant d’aller nous coucher. Une fois au lit, la journée n’est cependant pas terminée puisque si je ne travaille pas sur un site, j’écris encore (souvent le soir je prépare les chroniques). Sinon, comme en ce moment pour le site d’Élise, je code jusqu’à cinq heures du matin (je kiffe coder la nuit, je sais, c’est fou).

Journée inévitablement frénétique de sainte horreur

Vous allez voir, c’est rapide. Après trois jours de Carpe Diem, arrive mon traditionnel, fatidique et inéluctable moment de panique quand, forcément, je ne me suis occupée ni des maquettes de Tartempion, ni des cartes de visites de Machin et encore moins des affiches de Bidule qu’il me faut envoyer lundi alors que nous sommes samedi soir et qu’il est trois heures et demi du matin : Ok Céline, c’est bon, tu peux le faire, comme d’habitude, tranquille, demain tu mets le réveil à six heures, tu ne manges pas, tu ne sors pas, tu ne prends pas de douche, tu te laves les dents mais pas trois minutes comme il dit le dentiste, tu te couches à deux heures du matin et tu travailles toute la journée sans t’arrêter pendant vingt heures, voilà, FACILE.

Ceci étant dit, aussi fou que cela puisse paraître, j’aime fonctionner comme ça. Je me suis rendue compte avec le temps que c’était dans l’urgence que j’étais la plus productive et la plus créative (genre je suis De Vinci), alors j’ai arrêté d’essayer de lutter contre ma nature (oui, c’est beau) et je me laisse vivre mes journées Carpe Diem sans culpabiliser et mes journées de sainte horreur sans me plaindre.

Post Scriptum : Pour illustrer cet article, j’ai pris une photo des faire-part que j’ai fait pour l’une de mes meilleures amies qui se marie à la fin de l’année (ceci est bien évidemment une version CIA du truc pour ne pas divulguer ni le lieu ni la date sur internet). Je l’aide à tout organiser, je m’occupe de toute la décoration ainsi que de tous les supports papiers qui correspondent à peu près à deux cent soixante-quatre éléments (merci ma copine, je t’aime) et j’ai l’immense honneur d’officier la cérémonie (genre je serai comme Joey dans Friends pour le mariage de Chandler et Monica). Je vous parlerai de ce fameux mariage plus en détail prochainement, promis.

#NowPlaying Howling, Ry X & Frank Wiedemann.
Le 2 juin 2014
Les mots
Pour aller plus vite tout en bas
  1. Charlotte, le 2 juin 2014.

    Procrastiner c’est tout un art :)
    Je ne fonctionne que comme ça moi aussi, tant qu’il n’y a pas le sentiment d’urgence, j’ai bien du mal à agir, je me dis qu’on a le temps :)

  2. Nat, le 2 juin 2014.

    Je pense que beaucoup vont se reconnaître dans cet article ! J’ai adoré te lire comme d’hab, mais là, je me dis que j’ai mon oral de book dans une semaine et demi et que je suis grave dans la m**** parce que même pas une semaine après j’ai mon oral de projet pro et que j’ai pas commencé à coder, et que surtout contrairement à toi, je déteste ça. Du coup, ça y est je stresse :p Mais ça doit surtout être parce que je ne suis pas douée pour ça. Je sais vraiment pas comment tu fait pour aimer coder toute la nuit ! Mais je t’admire rien que pour ça :)

    Le faire-part est très joli et je trouve qu’il correspond très bien au thème du mariage. J’adorerais voir d’autres de tes réalisations !

  3. Jennifer, le 2 juin 2014.

    283 pour être exacte: pendant ton retard ma liste s’allonge ahahah ;)
    Encore un super article où je te retrouve bien personnellement et professionnellement!!! Allez, change pas on t’aime pour ça aussi :p

  4. Lison, le 2 juin 2014.

    Super post, j’ai pris beaucoup de plaisir à le lire! Malgré que tu aies une vie comment dire… pas très équilibrée? ta vie a l’air chouette. Je te comprends parfaitement sur certains points, même si je vis plutôt ce genre de situations avec les devoirs que j’ai à rendre au lycée. Il y a beaucoup de choses que je fais au dernier moment, et dans ces moments là je ressens une sorte d’énorme regret et un « mais pourquoi je ne m’y suis pas pris avant…. » raisonne dans ma tête… Mais comme toi, je pense que c’est dans l’urgence que je suis la plus productive!!

    http://wildlysweet.blogspot.fr

  5. Mamzette, le 2 juin 2014.

    Tu viens simplement de résumer tout le bonheur d’une vie de freelance. Pire, une freelance perfectionniste avec un blog, ce qui est en soi totalement suicidaire. Comment dire que je fais plus que compatir, je communie.

  6. Workshoot, le 3 juin 2014.

    Je trouve aussi que c’est dans l’urgence qu’on travaille le mieux ;)

  7. Laura Deci Delà, le 3 juin 2014.

    Pour ma part, plus j’ai de choses à faire et mieux je travaille à condition d’être seule bien sur (marre des collègues qui viennent sans arrêt interrompre mon travail) c’est pour ça que je rêve de bosser pour moi aussi, et ça viendra :-)
    Superbe article, très bien écrit, très honnête et amusant, j’aime beaucoup ton style d’écriture et tes faire-part sont très réussi !
    Bisous
    Laura
    si-deci-dela.blogspot.com

  8. Mamie, le 4 juin 2014.

    J’aime beaucoup ton article, et puis mieux vaut tard que jamais, mais essaie tout de même de ne pas attendre toujours le dernier moment il pourrait y avoir une panne de courant ! ! !la nuit.
    Bisous.
    Mamie

  9. BoOBOO, le 4 juin 2014.

    Hi! Hi! Comme je te comprends car je partage avec toi ce « talent » de procrastination et de travail dans l’urgence qui s’en suit…et aussi les références récurrentes à Friends.
    La preuve: http://www.dansmoncocon.com/la-theorie-du-homard.html

    Booboo

  10. eriel, le 5 juin 2014.
  11. Polina, le 7 juin 2014.

    Prenant le temps de flâner de blog en blog aujourd’hui, je découvre ton univers…très plaisant, c’est beau, épuré et agréable à lire ! On s’y reconnait facilement ;).

  12. Emeline, le 9 juin 2014.

    Ton article m’a fait beaucoup rire. Tu as vrai talent pour écrire et faire partager des idées !

    http://mysweetparisianlife.wordpress.com/