Line Hogsark
Carnet de bord
Chronique

Le mec du cinéma, partie I. Les préquelles du premier rendez-vous (ceci n’est pas une histoire qui se termine bien).

Paris, le 7 juin 2014

Celles et ceux qui ont suivi la petite épopée de ma rencontre avec le mec du cinéma vont être contents (votre joie ne sera toutefois que de courte durée, préparez-vous psychologiquement), voici une chronique en deux parties (sinon ce serait une chronique aussi longue que Les Misérables) entièrement dédiée à cette histoire. Déjà, premièrement, sachez que nous le surnommons BIC (je tairai la signification de cet acronyme mais préciserai néanmoins que le B, naguère un adjectif mélioratif, signifie aujourd’hui Boulet). Jusqu’à présent, il n’était question ici que de petites allusions de temps à autre, je me disais (c’est touchant la naïveté) Imagine qu’un jour vous deveniez amis sur Facebook et qu’il tombe sur ton blog, tu ne voudrais pas qu’il lise des articles où tu parles de lui, tu serais tellement mortifiée de honte que tu t’exilerais pour une reconversion dans la culture du coton à Ouagadougou. Seulement voilà, force est de constater, trois semaines après ce premier rendez-vous, que rien de tout cela n’arrivera jamais. J’ai plus de chance, à l’heure qu’il est, de tomber sur Oberyn Martell en allant faire mes courses et de consommer notre amour entre les céréales et les conserves de ratatouille (dans une autre dimension bien évidemment, une dimension où Franprix serait implanté à Westeros), que de revoir notre ami BIC qui n’a tout simplement jamais rappelé. Je décide donc aujourd’hui de dire, élégamment et poliment, FUCK, de l’irradier de ma vie façon Fukushima et de faire mon deuil en écrivant cette chronique (je ne sais pas si vous avez regardé le dernier épisode de Game of Thrones, mais ça fait beaucoup de deuil en une semaine).

Les préquelles du premier rendez-vous :
La rencontre et les péripéties menant audit rendez-vous.

Chapitre 1 : Avant le cinéma.
Nous sommes le jeudi 1er mai, dehors c’est la Normandie au mois de novembre, vous êtes emmitouflée sous votre couette et écrivez tranquillement une chronique sur les phases inévitables d’une rupture, quand d’un coup, votre soeur, visiblement hermétique aux conditions météorologiques hivernales, décide qu’il serait bon de braver la tempête pour aller au cinéma. Grand bien lui fasse, vous, vous ne bougerez pas. Elle aura beau vous supplier, vous prier, vous implorer de l’accompagner, vous ne céderez point. Dix minutes plus tard, vous êtes donc rue de Turbigo avec votre parapluie en direction des Halles et vous ruminez toute seule parce qu’aujourd’hui c’est férié, qu’il pleut, que tout le monde sera au cinéma (c’est scientifique, quand il pleut, tout le monde est au cinéma), que le nouveau Spiderman est sorti hier, qu’évidemment tout le monde ira le voir, que la salle sera blindée et que, déjà que vous n’êtes pas en avance, c’est certain, vous aurez des places de merde. Assurément, vous êtes médium, vous vous retrouvez donc, à nouveau dix minutes plus tard, assise à sept rangs de l’écran et qui plus est tout à gauche (genre à côté de vous, c’est le mur). Vous songez très sérieusement à rentrer chez vous (vous avez la carte UGC, c’est pas grave) quand soudain, au loin, à l’autre bout de la salle, vous voyez rentrer ce mec avec des cheveux en bataille, des lunettes et une parka beige. À cet instant précis, vous ne savez pas pourquoi, il est pourtant à des dizaines de mètres et il n’existe pour vous que depuis trois secondes, mais votre estomac décide de s’essayer au saut à l’élastique et votre coeur se prend pour Don Lippincott (premier record mondial du 100 mètres en 1912, c’était la minute culture). Bref, c’est la fin pour vous. D’autant plus que le courant tout-puissant de la destinée s’en mêle, le mec en question traverse la salle, monte les marches, vient s’assoir juste devant vous (sérieusement, le siège juste devant vous) et manque de vous provoquer par la même occasion un arrêt cardio-respiratoire.

Chapitre 2 : Après le cinéma.
La suite, si vous avez lu cet article jusqu’au bout, vous la connaissez déjà. Après deux heures de film interminables à vous dire Si Tante May recommence à pleurer ça veut dire qu’il m’a remarquée ou Si ce plan-séquence dure encore plus de sept secondes je vais lui parler, à la fin de la séance vous êtes tellement stressée que vos jambes deviennent aussi solides que celles d’un poulpe (en admettant qu’un poulpe ait des jambes) et vous tombez dans les escaliers, trente centimètres devant lui. Fatalement, aller lui parler après cette humiliation n’est plus une option envisageable. À la sortie du cinéma, aucune occasion n’est cependant laissée à vos jambes et votre coeur de reprendre une activité physique se rapprochant plus ou moins d’une quelconque normalité, non seulement parce qu’il emprunte le même chemin que vous pendant encore quelques minutes, mais surtout parce que votre soeur, pragmatique, n’arrête pas de vous dire Regarde, ça, tu vois, c’est la vie qui est dans un élan de bonté et qui te laisse une dernière chance, si tu n’y vas pas tu vas encore m’en parler pendant trois semaines et je vais finir par te buter. Évidemment, cette dernière chance, vous ne la saisissez pas et puisque la vie et sa bonté d’âme ont leurs limites, vous finissez par tourner à droite et lui à gauche. À ce moment-là, ça y est, c’est finit, c’est trop tard, il s’en va, votre soeur vous insulte, vous vous insultez d’ailleurs pareillement vous-même, vous n’êtes qu’une merde, la merde d’une merde, la merde de la merde d’une merde, une sous-merde. Même la plus pouilleuse des mouches, la Jean-François Copé des mouches, ne se poserait pas sur vous, c’est un fait.
Franchement t’es nulle, t’avais rien à perdre. Ça faisait un an que t’avais pas craqué pour un mec, tu vas le regretter. En plus, j’avais l’impression qu’il te regardait.
– Sérieux ?
– Oui, sérieux.

Vous vous retournez alors pour le voir une dernière fois et, à ce moment très précis, pendant les deux petites secondes où vous tournez la tête, il se retourne également. Si vos cervicales avaient opéré ce léger mouvement de cent quatre-vingts degrés ne serait-ce qu’une seconde plus tôt ou trois secondes plus tard, vous n’auriez jamais croisé son regard et seriez rentrée chez vous noyer votre chagrin dans un potage pékinois (ce que, avec le recul, vous auriez probablement dû faire). Mais cette dernière intervention divine du courant tout-puissant de la destinée finit par déclencher en vous le Oh et puis merde nécessaire à toute situation impliquant un minimum de courage et vous vous mettez à courir sous la pluie pour le rattraper (ajoutez à cela un morceau de Coldplay en B.O. et on nage en plein cliché). Arrivée à destination, c’est-à-dire sous ses yeux ahuris, vous lui demandez son numéro de téléphone en essayant de vaincre les premiers signes avant-coureurs de la maladie de Parkinson (vous essayez de vous persuader que ce n’est pas ridicule, que c’est attendrissant). Jusque-là, dans la mesure du possible, tout allait bien. Vous venez de demander son numéro à un parfait inconnu pour la première fois de votre vie, il pleut, les mèches de votre frange entrent par conséquent dans un état de tortuosité défiant toutes les moeurs acceptables de la capillarité, mais jusque-là, tout allait bien. Tout allait bien en fait jusqu’à ce que le gars, imperturbable (il était horse guard dans une autre vie), vous donne un numéro de téléphone d’une crédibilité tout aussi similaire à celle d’un numéro comme celui-ci (j’ai préalablement vérifié qu’il n’existait pas, j’aimerais si possible éviter la prison) : 06 07 08 09 10. Une seule et unique pensée vous vient alors à l’esprit : Est-ce que si j’arrête de respirer, là, tout de suite, je meurs ?

Chapitre 3 : Quinze jours plus tard.
Vous avez envoyé deux messages (non ce n’est pas pitoyable, le premier s’était peut-être perdu dans l’air) qui demeurent aujourd’hui, toujours et inévitablement, sans réponse. C’était un faux numéro, c’est évident, manifeste, criant, indéniable. Vous lui avez fait de la peine, il n’a pas osé vous dire non, alors il vous a donné le premier numéro qui lui est passé par la tête (il aurait cela dit quand même pu faire un effort d’improvisation pour la tangibilité de la chose). Plus personne n’y croit, tout le monde vous dit que le gars ne s’est sûrement retourné qu’à cause d’un pigeon Super Sonic qui lui a raflé l’oreille, que vous avez probablement tout imaginé (que vous êtes folle en somme) et qu’il faut arrêter d’écouter votre soeur qui semble être la seule personne de cette planète à encore croire en cette histoire foncièrement abracadabrante et à trouver des excuses à cet handicapé manifeste de la communication. Non il n’a pas cassé son téléphone, non il n’est pas en vacances en Azerbaïdjan et encore moins cloué dans un lit d’hôpital par une opération de l’appendicite, vous ne l’intéressez pas, c’est tout. Vous finissez donc par vous faire une raison, par vous dire que votre frange a probablement dû l’effrayer, quand soudain votre téléphone sonne et affiche sur l’écran d’accueil le nom BIC (oui, vous l’aviez enregistré à BIC) suivi d’un message vous proposant d’aller boire un café. Crise cardiaque.

Francis Cabrel dirait que votre rencontre et tout ce qui va suivre étaient écrits, sachez qu’il ne s’agit en fait que d’une triste histoire (un peu une fin à la Titanic, sauf que l’iceberg ici ce sera juste le deuxième silence radio de monsieur) et des prémices de Fukushima. La suite de cette chronique s’intitulera donc Le mec du cinéma, partie II. Le premier rendez-vous : avant, pendant, après et encore après (Fukushima).

#NowPlaying Are You Gonna Be My Girl, Jet.
Le 7 juin 2014
Les mots
Pour aller plus vite tout en bas
  1. sweetmillie, le 7 juin 2014.

    et bien vivement la suite!!!!!! ;)

  2. Margaux, le 8 juin 2014.

    RAH.
    J’ai le seum un peu.
    Moi qui pensait que tu pourrait être la fille qui-a-rencontré-son-mec-comme-ça-par-hasard-au-ciné.
    Maintenant que j’ai le méga spoil sur la fin et le mec qui fait le mort, j’ai les nerfs. (Mais moins que si j’avais pas eu le spoil, et que j’avais attendu comme une junkie devant le prochain épisode de Gossip Girl, et que finalement ça se fait PAS).
    Bon, il n’empêche que comme d’hab, j’ai hâte d’avoir la suite de l’histoire !
    Bisous

  3. Nat, le 9 juin 2014.

    Vivement la partie II alors ! :D

  4. Mamzette, le 9 juin 2014.

    C’est pas sympa, ça. Moi j’arrive tranquille, je lis, je commence à m’arracher la peau des doigts, les Bisounours s’étirent dans mon cerveau parce que même quand on me dit que ça se finit mal j’arrive à me convaincre que ça se finit bien (le pouvoir de l’autopersuasion, un miracle sans fin) et puis bam, fini, coupé, faudra revenir pour la suite. Ce qui veut dire que mes Bisounours vont partir en vrille question guimauve et roudoudous, et que si vraiment ça se finit mal, je suis bonne pour trois semaines de Nutella. Dur.

  5. Mora, le 10 juin 2014.

    J’adore ta façon de raconter l’histoire, j’ai hâte de lire la 2e partie. Et en passant, je te souhaite de te trouver un mec gentil, mignon, charmant, sympa, et qui rappelle ;)

    http://LESPLACARDSDEMORA.BLOGSPOT.COM/

  6. Anne, le 10 juin 2014.

    La suite, la suite, vite !!!!

  7. Laëtitia, le 11 juin 2014.

    Vivement la suite !! Ta chronique m’a bien fait rire en tout cas :D

    http://mynameislaetitia.blogspot.fr

  8. Sarah, le 11 juin 2014.

    Je préfère lire tes chroniques que réviser le bac alors vite vite la suite! ;)

  9. Laura, le 11 juin 2014.

    La suiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiite ! On dirait un film :)

  10. Mamie, le 11 juin 2014.

    La suite du feuilleton est pour quand ? On dirait DALLAS ! Non ma Chérie je plaisante.

    Un de perdu, 10 de retrouvés !! Te fis pas à moi quand même.

    Je t’aime beaucoup.

  11. Workshoot, le 20 juin 2014.

    Quel talent pour l’écriture :)
    Hâte de lire la suite <3

  12. Cedric, le 26 juin 2014.

    MDR !

    tu sais que tu as un pouvoir comique? sérieusement, tu m’éclates! tu pourrais écrire pour Foresti.

    Encore, la suite viiiiiite!

  13. Célestine, le 2 juillet 2014.

    Trop drôle !!!!! Bon c’est quand le II ???? J’sais pas, on peut pas le télécharger en douce ????? Merciiiiiiiiiiiiiiii