Line Hogsark
Carnet de bord
Chronique

Le mec du cinéma, partie II. Le premier rendez-vous : avant, pendant, après et encore après (Fukushima).

Paris, le 14 juin 2014

Bon, j’ai un peu considérablement la flemme de vous écrire une belle et longue introduction sachant que tout a déjà été dit dans la première partie de cette chronique (si vous n’avez pas lu l’article précédent, je vous conseille à défaut de vous ordonner (que voulez-vous, nous vivons dans une démocratie) de cliquer ici), alors je décide de rentrer dans le vif du sujet sans trop tergiverser ni digresser pendant encore vingt-cinq autres lignes, ce qui est habituellement avouons-le ma spécialité. Note : Je sais, c’est rude, j’irai même jusqu’à dire éprouvant, de lire une histoire quand on sait qu’en comparaison le dénouement de Requiem For A Dream (rappelez-vous le traumatisme) c’est les Totally Spies, mais vous pouvez appliquer une stratégie de défense courageuse et implacable, le déni, ou bien faire comme ma soeur, y croire encore et implorer chaque jour le dieu de la miséricorde. Sachez toutefois que, me concernant, s’il devait me rappeler un jour (ce qui conduirait, à terme, à une inéluctable mise en relation sur les réseaux sociaux) et découvrir ce blog ainsi que cet article on ne peut plus détaillé sur ce premier rendez-vous, j’envisagerais très sérieusement la mort par l’overdose d’Advil.

Avant le rendez-vous

C’est votre premier rencard depuis un an (vous n’êtes pas un cas social, c’est juste que personne ne vous avait réellement plu jusque-là, c’est tout, ce n’est pas la peine d’allumer un cierge pour le salut de votre âme), pour votre soeur et vos meilleures amies, ceci est donc, clairement, l’événement de l’année. Elles tiennent par conséquent à vous accompagner à travers absolument chaque étape de votre journée comme s’il s’agissait d’un adoubement royal à la cour d’Angleterre.

15h30

Mets cette robe.
– Nan, moi je préférais celle à pois.
– Moi la toute première, la bleue.
– Moi je pense plutôt que tu devrais mettre un jean.
– Nan, une robe c’est mieux.
– Si elle met une robe il pourrait penser qu’elle en fait trop pour lui.
– Mais elle porte tout le temps des robes.
– Le gars n’est pas censé le savoir. Mets un jean.
– Elle a raison, le jean c’est bien.

Vous mettez donc un jean.
Et pour le haut ?
– T’as des seins, donc pas de décolleté.
– Tes seins il les verra plus tard, dans des conditions plus optimales.
– C’est pas faux. Laisse-lui la surprise.
– Mets un truc tout simple. Celui-là il est bien.
– Nan, il te grossit.
– Alors celui-là ?
– Nan.
– Celui-là ?
– Oui, celui-là.

Vous optez donc pour un t-shirt blanc, tout simple, en lin.
Et les pompes ?
– Des escarpins.
– Ceux-là ?
– Nan, trop hauts.
– Ceux là ?
– Nan.
– T’as pas des nude ? Ça ferait bien avec ta tenue.
– Si, mais le cuir du talon est un peu abîmé.
– On s’en fout, il va pas aller mater l’arrière du talon de ta chaussure.

Vous enfilez les escarpins.
Comme ça ?
– Parfait.
– Et pour la maquillage, tu fais quoi ?
– Je pensais faire comme d’habitude, juste du mascara et du rouge à lèvres rouge.
– Nan, pas le rouge à lèvres rouge.
– Pourquoi ?
– Je sais pas, ça fait appel.
– Appel ?
– Ouais, appel.
– Pas d’accord. Mets du rouge à lèvres rouge.
– Ok, mais pas le Guerlain. Le Guerlain ça ferait trop.
– C’est bon ça va, elle est en jean avec un t-shirt plus-basique-tu-meurs, elle peut miser sur le rouge à lèvres.
– Je peux mettre le dernier que j’ai acheté sinon. Il est rouge mais pas trop, genre il tend vers le bordeaux, mais le bordeaux un peu clair.
– Bordeaux clair ? C’est une couleur ça ?
– Vas-y, fais voir.

Vous mettez donc le rouge à lèvres.
Parfait.
– Du coup tu peux mettre un petit trait d’eye liner, genre léger.
– J’ai pas d’eye-liner, je fais un trait au crayon et j’estompe au pinceau.
– On s’en fout, t’as compris l’idée.

Vous peaufinez votre maquillage.
C’est bon, je suis bien là ? Ça va mes cheveux ?
– T’es parfaite.
– T’as rendez-vous à quelle heure ?
– Dix-sept heures trente.
– Tu mets combien de temps pour y aller ?
– Vingt minutes.
– Il est quelle heure là ?
– Seize heures dix.

Pendant une heure, vos amies vous aident donc vachement. C’est-à-dire que si par miracle vous n’étiez pas stressée, en leur présence, finir par ronger vos jolis ongles fraichement vernis s’avère inévitable.

16h35

Tu te rends compte que là, dans cinquante-cinq minutes, t’y es ?
– Genre là, dans cinquante-cinq minutes, tu seras devant lui.
– Tu penses qu’il porte des lunettes tout le temps ou juste parce qu’il était au cinéma ?
– T’as essayé d’imaginer sa tête sans ses lunettes ?

16h45

Évite de faire ton rire de camionneur.
– J’ai pas un rire de camionneur.
– Au début non, mais quand tu entres dans un fou rire, si.
– Moi je trouve qu’elle a le même rire qu’Archimède dans Merlin l’enchanteur.

17h05

Putain tu pars dans cinq minutes.
– Je sais.
– Genre dans vingt-cinq minutes t’es avec BIC quoi.
– Je sais.

17h10

Ça y est, il faut que tu partes.
– Je peux pas.
– Mais si, tu peux.
– Nan mais imaginez, je sais pas, qu’il ait des affiches de Marine Le Pen chez lui. Ou pire, de Cristiano Ronaldo.
– Arrête avec tes conneries. Mets tes pompes et fonce, tu vas être en retard.
– Allez, lève-toi.
– ALLEZ.

Vous vous levez donc, enfilez vos chaussures et partez sous les encouragements de vos copines/sous la Marseillaise.

17h12

Votre téléphone sonne.
C’est nous. T’es où ?
– Dans le hall d’entrée les filles, je suis partie depuis quarante secondes.
– On te met sur haut-parleur, comme ça on est avec toi pendant le trajet et tu raccroches quand t’arrives. Soit t’es là avant lui et on te laisse quand il te rejoint, soit t’arrives après et tu raccroches dès que tu le vois. Dans tous les cas, tu ne raccroches pas tant qu’il n’est pas dans ton champ de vision. On veut vivre le truc comme si on y était, t’entends ?

Elles sont folles, mais vous les aimez par dessus tout.

17h23

T’es où là ?
– Je vais sortir à Belleville, je vais prendre la 2.
– C’est où déjà que t’as rendez-vous ?
– Ménilmontant.

17h29

T’es où là ?
– Je sors du métro, je suis arrivée. Les filles je vais devoir raccrocher, je ne sais plus du tout quelle rue je dois prendre et je ne peux pas aller sur mon GPS en restant en ligne.
– Hors de question. Donne-nous l’adresse, on va te guider avec Street View.
– Prends la rue du KFC.
– Ok.
– T’es où là ?
– Bah je marche vers le KFC.
– Ça va, tu stresses pas trop ?
– Nan, ça va encore.

17h32

Prends à gauche, d’ici vingt mètres tu seras arrivée.
– D’accord, là je stresse.
– Mais nan, ça va aller.
– Nan je vais mourir.
– T’es arrivée ?
– Oui je crois.
– Il est là ?
– Je sais pas.

Vous regardez autour de vous et, là, vous le voyez. Votre coeur manque un battement, votre estomac se noue et vous avez subitement envie de vomir (les hommes et la gastro, même combat).
Les filles il est là, je raccroche.
Vous entendez leurs cris hystériques mais n’y prêtez pas attention, vous raccrochez immédiatement (comme dans les films américains, sans dire au revoir). Il est assis en terrasse, il porte un t-shirt blanc, un jean et des lunettes de soleil (pas ses lunettes de vue donc, tristesse). Il vous voit, vous fait signe de la main, vos jambes se poulpisent (du verbe poulpiser, tout à fait) mais vous maitrisez dorénavant la chose et avancez vers lui.

Pendant le rendez-vous

– Salut.
– Salut.

Il se lève et vous fait la bise tandis que vous priez la mort de vous emporter, là, sur-le-champ, puisque s’il existait un Prix Nobel de la situation la plus incongrue (ce serait grotesque mais admettons), celle-ci la remporterait haut la main. D’ailleurs, pour la première fois de votre vie, vous restez muette (votre père serait heureux, c’est manifestement possible).
Tu veux boire quelque chose ?
– Euh… Oui. Un demi-pêche s’il te plait.

Il part vous chercher votre verre, revient moins d’une minute plus tard et entame la discussion (que Dieu le bénisse) en commençant tout d’abord par s’excuser et vous expliquer que, vous pouvez le croire ou non (certains de vos amis optent pour le non), son téléphone s’est cassé trois heures après la séance de cinéma où vous vous êtes rencontrés et qu’il a mis plus de dix jours pour en récupérer un nouveau (le même) parce qu’il se l’est fait importer du Japon. Vous décrétez alors être officiellement la fille la plus malchanceuse de cette planète puisque vous demandez son numéro à un seul mec en un quart de siècle d’existence et tombez inexorablement sur celui qui casse son abruti de téléphone japonais dans les trois heures qui suivent. Bref, votre fameuse rencontre au cinéma ayant été mentionnée, il aborde le sujet :
D’ailleurs, tu m’as vraiment impressionné.
– Impressionné ?
– Bah il faut du cran pour faire un truc pareil. Quand on t’a vue revenir avec mon pote, on était vraiment impressionnés ouais.

Il vous avait donc remarquée. Danse de la joie à l’intérieur de vous.
Je n’avais jamais fait ça. D’ailleurs j’ai vraiment hésité jusqu’au dernier moment parce que, je ne sais pas si tu as vu, je me dis que les miracles existent peut-être, mais je me suis lamentablement cassée la tronche cinq minutes plus tôt.
Il sourit pour la première fois.
Si, j’ai vu.

19H50

Nécessairement, depuis plus de deux heures, vous échangez un nombre incalculable de banalités sur vos vies respectives (chose inévitable lors d’un premier-rendez-vous). Pour faire simple, parce que résumer deux heures de conversation sous forme de dialogue me parait difficile voire infaisable (je vous aime mais je ne vais pas non plus vous écrire une pièce de théâtre), laissez-moi vous présenter la chose sous forme de liste.

Liste n°1 : Vous…
– Avez ri lorsqu’il vous a raconté ses histoires en Chine et au Japon (le Japon, encore et toujours).
– Avez un peu flippé quand vous avez appris qu’il avait passé cinq ans à Science Po, que sa mère était DRH d’une entreprise de malade et que, somme toute, vous veniez de deux mondes radicalement opposés.
– L’avez toutefois trouvé mignon lorsque vous lui avez dit que votre mère à vous était bibliothécaire et qu’il a répondu naturellement Oh c’est cool ça.
– L’avez fait rire quand vous lui avez raconté la façon dont vos camarades de classe vous martyrisaient à l’école parce que votre nom de famille, pour dire vrai, même si ça ne s’écrit pas pareil, c’est un nom de légume (d’où la nécessité d’un pseudonyme).
– Avez trouvé qu’il était beau quand il riait.
– Avez très sérieusement failli vous étouffer avec votre bière lorsqu’il vous a dit où il habitait.
– N’avez cependant pas rebondi de peur de laisser échapper un irrattrapable Putain j’habite à cinq cents mètres, c’est ouf.
– N’avez pas arrêté de vous dire que, quand même, putain, c’était ouf.
– Lui avez raconté vos déboires pendant vos études de communication, vos anecdotes abracadabrantesques au cours de vos deux dernières années en tant que salariée au marketing d’une banque internationale dans laquelle vous ne remettrez jamais les pieds et vous êtes de ce fait épanchée sur l’actuel doux bonheur de la freelance.
– Lui avez confié que vous abhorriez les études depuis le collège, que le soir en rentrant chez vous, travailler sur vos exercices de mathématiques vous semblait être la plus grosse des pertes de temps quand on pouvait écrire, lire, chanter, jouer de la guitare ou s’amuser sur Photoshop.
– Lui avez également dit que vous vous fichiez royalement d’avoir un super boulot avec un salaire exorbitant, que vous n’accordiez que très peu d’importance à l’argent parce que le plus important selon vous c’était d’avoir du temps pour sa famille, que c’était comme ça que vous aviez été élevée, certes dans un petit HLM du Blanc-Mesnil mais avec des parents présents qui pouvaient jouer au Roi Lion avec vous après l’école, et que vous en étiez fière.
– Avez pensé tout de suite après Merde, je viens de dire ça à un mec qui s’est tapé Science Po pendant cinq ans avec des parents qui ont des boulots de dingue, il va me haïr. Et pourquoi diantre ai-je parlé du Roi Lion ?!
– Avez décidé que, tant pis, s’il vous haïssait pour ça, c’est qu’il était con.
– Avez orienté la conversation vers un sujet plus léger mais capital : les séries.
– N’avez pas pu vous empêcher de sourire lorsqu’il vous a dit avoir fait son mémoire là-dessus justement.
– Avez décidé de ne pas extérioriser votre stupeur lorsqu’il vous a confié que, parfois, dans un élan de flemmardise aiguë, le soir, il mangeait des pâtes crues.
– Avez pensé un bref instant qu’il s’agissait peut-être de pâtes fraiches.
– Avez réalisé que non, il a bien précisé que c’était incompatible avec le visionnage d’un film parce que c’était trop bruyant et qu’il s’amusait donc, par conséquent, à tester la résistance de sa dentition avec des farfalles Barilla.
– Vous êtes rendue compte qu’il vous plaisait bien, malgré cette histoire de pâtes.

Liste n°2 : Il…
– Vous a dit que la veille de votre rencontre c’était son anniversaire, qu’il n’était pas vraiment en état à cause de sa soirée et qu’il avait failli ne pas aller au cinéma lui aussi.
– Vous a dit Comme quoi.
– Vous a avoué que vous l’aviez intrigué mais que, même si son téléphone n’avait pas été cassé, il ne sait pas s’il aurait répondu plus tôt (vous n’avez pas demandé pourquoi mais vous auriez dû).
– Vous a dit Alors comme ça t’es graphiste ?
– A du coup été obligé d’admettre qu’il vous avait cherchée sur internet mais que, à part ça, il n’avait rien trouvé (Seigneur Jésus, Marie, Joseph, merci).
– N’a pas d’affiches de Marine Le Pen chez lui (concernant Cristiano Ronaldo vous ne savez toujours pas).
– A ri pendant que vous lui racontiez vos fameuses anecdotes abracadabrantesques durant vos funestes années de salariat.
– Vous a du coup raconté les siennes.
– Était attentif à ce que vous disiez et pouvait revenir sur un détail dont vous aviez fait mention une heure et demi plus tôt.
– Vous a semblé rieur et souriant, vous qui le trouviez froid au début.
– Ne détachait littéralement jamais son regard du vôtre lorsqu’il vous parlait et c’était parfois déstabilisant pour vous et votre coeur déjà à un stade bien avancé de tachycardie.

Forcément, la deuxième liste est beaucoup moins longue que la première, déjà parce qu’il serait inconvenant par égard pour lui (il ne vous a jamais rappelée mais, quand même, vous avez une âme) de faire part ici de tout ce dont il vous a parlé, mais aussi surtout parce que vous n’avez malheureusement pas la capacité de lire dans ses pensées (ou heureusement d’ailleurs étant donné la tournure des événements), il aurait tout aussi bien pu s’ennuyer au point de se remémorer intérieurement les paroles de La Tribu de Dana. Si ça se trouve, il était même en train de se dire Elle a le nez de travers, un sourcil plus arqué que l’autre, ce haut la grossit très sérieusement, apparemment elle vient d’une famille de pauvres et, doux Jésus, le cuir de ses escarpins est un peu abîmé derrière. Comment m’échapper ? Après tout, vous n’en savez rien.

20h05

Vous partez aux toilettes, vous rendez compte que vous avez oublié votre téléphone dans votre sac, que ne pouvez donc pas en profiter pour appeler les filles (elles vont vous tuer, c’est certain) et revenez par conséquent plus vite que prévu. À votre retour, il est lui par contre au téléphone. Il raccroche cependant peu après que vous ayez repris place, s’excuse, vous explique qu’il est attendu par des amis et que, vu l’heure qu’il est, c’est sûr, il arrivera en retard. Vous discutez alors encore un peu puis partez ensemble, tout en continuant votre conversation.
Après cette rue je tourne à droite.
– Moi je vais prendre le métro, je pars à gauche.

Il continue pourtant de marcher à vos côtés.
Tu ne devais pas aller à droite ?
– Bah non, je vais quand même délicatement t’accompagner au métro.

Une fois arrivés devant les escaliers, il vous fait la bise.
Alors à la prochaine.
– On verra bien, ça dépend de toi maintenant, moi je t’ai déjà couru après.

Vous regrettez cette phrase aussitôt (votre spontanéité vous perdra un jour, c’est certain), mais essayez de vous rassurer en vous disant que vous l’avez dit en riant, que c’était une boutade (petite parenthèse d’ailleurs pour vous faire part de mon aversion pour ce mot). D’ailleurs, il rit.
C’est noté.
Vous lui souriez une dernière fois puis descendez les escaliers qui mènent au métro.

Après le rendez-vous

Deux heures plus tard.
Vous venez de subir un interrogatoire de la Gestapo, au moins tout aussi long que votre rendez-vous.
Mais ça c’est pas bien passé ?
– Bien-sûr que si, très bien même.
– Il y a eu des blancs ?
– Mais non, on n’a pas arrêté de parler.
– Il te plait pas ?
– Mais si il me plait.
– Bah alors pourquoi t’es pas toute excitée ?
– Je sais pas, je suis apaisée.
– Comment tu peux être apaisée ?
– Bah depuis quinze jours j’arrête pas de me prendre la tête, mais maintenant ça va mieux. Je sais que d’ici la fin de la semaine il va me rappeler, qu’on se reverra et puis après on verra bien.

Une semaine plus tard.
Je croyais que tu étais apaisée.
– Je suis apaisée.
– T’as pas vraiment l’air d’une fille qui respire l’apaisement là.
– En même temps ça fait déjà une semaine.
– T’inquiète pas, il a probablement eu beaucoup de travail ces derniers temps et il t’écrira sûrement la semaine prochaine quand il aura un moment.
– Oui enfin bon, prendre quinze secondes pour écrire un message de trois lignes quand tu passes un quart d’heure aux toilettes avec ton téléphone dans les mains c’est pas non plus l’ascension de l’Everest.
– Arrête de te prendre la tête, il va t’écrire.

Deux semaines plus tard.
Il est peut-être mort.
Tous vos meilleurs amis sont réunis chez vous pour l’anniversaire d’Antony, vous êtes donc sept (votre soeur, vos deux meilleures amies et leurs trois mecs).
Il a la mononucléose et il est à l’hôpital depuis deux semaines.
– Il est bloqué dans une faille spatio-temporelle.
– Il a une copine mais elle est conne, jalouse et frigide, tu l’as perturbé et il attend de la quitter pour te rappeler parce que c’est un mec bien.
– Il a encore cassé son téléphone.
– Oui voilà, en fait il est tellement ému dès qu’il reçoit un message de toi qu’il laisse tomber son téléphone et le casse systématiquement.
– T’as essayé de l’appeler ?
– Non.
– T’as envoyé un message ?
– Non plus.
– Bah fais-le, t’es plus à ça près. Si ça se trouve il attend que ce soit toi qui le fasse.
– Attends, c’est moi qui lui ai couru après au cinéma et qui ai envoyé deux messages par la suite pour qu’on se revoie, maintenant si je lui plais, à lui de se bouger un peu.
– Il l’a peut-être mal pris quand tu lui as dit que maintenant ça dépendait de lui et que, en gros, toi tu n’enverrais plus rien.
– Mais en même temps NORMAL je vais pas passer ma vie à lui courir après !
– C’est vrai, elle a raison, elle en a déjà assez fait. S’il s’est vexé pour ça, il est con.
– Il est peut-être juste timide, tu sais il y a des mecs qui n’osent pas. Il se dit peut-être que, puisque tu lui as déjà couru après une fois justement, tu finiras forcément par envoyer un truc.

Une heure plus tard.
Vous croyez que je devrais envoyer un truc ?
– Oui.
– NON !
– Si.
– Vous êtes malades, elle va pas ENCORE envoyer un message !
– Mais si, elle n’a rien à perdre. Au moins elle sera fixée.
– Allez, envoie un truc.
– Pas maintenant, je le ferai tranquillement toute seule demain.

Deux semaines et un jour plus tard.
Vous envoyez donc un message. Salut, je me demandais si tu avais un moment cette semaine pour se revoir (oui je sais, j’avais dit que je n’enverrai rien, je suis l’allégorie même de la crédibilité). J’espère que tu vas bien et que tu survis au bureau. Céline. Nul, navrant, minable, pitoyable, lamentable, affligeant, déplorable, désastreux, mais bon, c’est fait.

Quatre semaines plus tard, Fukushima.
Bon, il faut parfois savoir se rendre à l’évidence, faire face à la cruauté, l’atrocité et la barbarie de ce monde, c’est dorénavant incontestable, irréfutable, indubitablement indéniable, jamais silence radio n’avait été plus équivoque, de vous, il s’en tamponne le coquillart avec une patte de langoustine fraichement panée. Tout ça pour ça. Chouette, génial, super, magnifique, fantasmagorique, merci la vie. Vos amis ne comprennent pas, vous disent que, forcément, il a dû se passer quelque chose (les mecs avancent de nouveau la théorie on ne peut plus vraisemblable de la faille spatio-temporelle tandis que les filles innovent en se persuadant qu’une de ses ex est probablement revenue), et votre soeur demeure persuadée qu’un jour, quand vous ne vous y attendrez plus, il se manifestera à nouveau, que dans une vie une histoire pareille ça n’arrive pas pour rien, que c’était le destin, la providence, que Francis Cabrel avait raison. ET VOTRE CUL C’EST DE LA RILLETTE DE SARDINES AU BOURSIN. Non, en ce qui vous concerne, vous allez plutôt passer à autre chose, ne plus jamais faire le premier pas de toute votre existence, rester seule encore un peu avant de rencontrer Michael Fassbender en allant chercher un potage pékinois en bas de chez vous (évidemment), abominer la vie qui a fait que ce mec, pourtant rencontré aux Halles (le point de ralliement de toute l’Île de France donc), habite juste à côté de chez vous, et prier, supplier, implorer les cieux pour ne jamais le croiser en allant faire vos courses chez Monoprix, en allant à la Poste, à la banque, en prenant le métro en bas de sa rue, bref, en somme, en vivant dans votre quartier comme vous l’avez toujours fait (sauf que maintenant vous sortirez avec une burqa, voilà).

#NowPlaying I’m Looking Through You, The Beatles.
Le 14 juin 2014
Les mots
Pour aller plus vite tout en bas
  1. Blondynet, le 14 juin 2014.

    Même avec une burqa tu seras toujours canon ma belle ;) Excellent article, j’ai BEAUCOUP ri à l’essayage des tenues et du maquillage. Ca m’a rappelé quelques souvenirs autour d’une grande bouteille de 1664…

  2. Mamzette, le 15 juin 2014.

    Et voilà, c’est parti pour trois semaines de Nutella, j’ai le Bisounours en berne et la midinette frustrée. Ceci dit, je dois bien me rendre à l’évidence: soit il est, lui aussi, le mec le plus malchanceux du monde et s’est fait voler son téléphone japonais par un gang de bouledogues cocaïnés, soit il appartient à cette race étrange et très répandue de mâles pour qui résoudre un problème consiste à faire le mort. Fermer les yeux et pouf, magie. Pas besoin d’assumer, la correction on s’en tape, le respect, pour quoi faire? Fuck off, bande de glandus testostéronés. Achetez-vous des couilles, moi je vais refaire mes provisions de Nutella. (Ps: elle me plait, ta soeur. Ps2: tu me fais mourir de rire. Ps3: l’overdose d’Advil c’est pas très sûr, je te conseille plutôt la Knacki périmée.)

  3. Aix Parisienne, le 16 juin 2014.

    Enorme !!! Je découvre ton blog et c’est un véritable régal!!! Je sens que je vais vachement bosser cet après midi moi… ;-)

  4. Laura, le 16 juin 2014.

    Non mais énooooooooorme !!!!!!! Je suis désolée car ça ne s’est bien pas fini pour toi mais tu m’as fait beaucoup rire. Moi je suis sûre qu’il a effectivement son ex qui est revenue. Enfin bref, je vais faire lire cet article à des copines célibataires et qui vivent des histoires aussi folles que les tiennes. ça va leur plaire et elles vont forcément se reconnaître. Bisous !

  5. Mamie, le 16 juin 2014.

    Merci ma Chérie pour ce moment divertissent, ne t’inquiètes pas ,il y a d’autres garçons qui croiseront ton chemin, mais je passe des moments très agréables à lire ton feuilleton. Merci les filles et bisous à toutes. Je t’aime

  6. Laura Deci Delà, le 17 juin 2014.

    On va dire qu’il est gay, ça te va Line ? ;-)
    En tout cas, cette histoire à affuté ta plume, ton écriture est parfaite et très amusante (surtout dans les dialogues avec tes amis).
    Ce mec n’était tout simplement pas ton prince charmant, il ne te correspondait pas. Je suis de celles qui pensent qu’il faut d’abord laisser les mecs approcher que le contraire, même si je reconnais au combien ton courage :-)
    De plus c’est moi qui ai demandé mon mari en mariage, alors comme quoi… ;-)
    Tu es belle, drôle et intelligente, on le voit bien dans ton écriture, alors ne t’en fais pas : un jour ton prince viendra <3
    Bisous Bisous
    Laura
    si-deci-dela.blogspot.com

  7. Workshoot, le 20 juin 2014.

    Ooh quelle histoire… Les mecs quoi… il t’a parlé pendant plus de 3h et silence…
    Quel monde cruel !
    Belle chronique en tout cas <3

  8. Les carnets d'amandine, le 20 juin 2014.

    Non mais j’adore. Je viens de decouvrir ton blog et je peux le dire, je suis fan. Tu m’as fait mourrir de rire :)
    Bizs!

  9. Cedric, le 26 juin 2014.

    comment résister à ton humour…. ? il a rien compris ce gars…

  10. Allison, le 2 juillet 2014.

    Clap clap clap clap!