Line Hogsark
Carnet de bord
Chronique

Le mec du cinéma, le retour. Ou comment ce blog va définitivement devenir la plus grande humiliation de toute mon existence entière (dernière partie).

Paris, le 20 juillet 2014

Pour comprendre un peu mieux l’état d’affliction et de détresse dans lequel je me trouve actuellement (pour se faire, déjà, lire les deux premiers articles à propos de cette épopée s’avère nécessaire), il faut savoir que d’ici quelques semaines ou quelques jours, peut-être même quelques heures si vraiment le ciel a décidé de m’accabler de tous ses tourments, BIC va tomber sur ce blog (si ce n’est pas déjà fait). Ce n’est qu’une question de temps donc avant que je ne parte m’exiler à Ouagadougou pour ne plus jamais remettre les pieds sur le territoire français et ainsi éviter toute confrontation avec l’homme en question que j’imagine très capable de me dire : Alors comme ça quand tu m’as vu la première fois tu as eu l’estomac qui a sauté à l’élastique et le coeur qui s’est pris pour Don Lippincott, le premier record mondial du 100 mètres en 1912 ? Ce à quoi, évidemment, dans l’hypothèse où tous les vols pour le Burkina Faso seraient complets et où je serais de ce fait par malheur confrontée à cette humiliation, je répondrai avec toute la conviction, l’aplomb et l’assurance qui me caractérisent (vous pouvez rire, vous avez mon autorisation) : Oui enfin, c’est une façon de parler.

Certains d’entre vous, et à juste titre j’en conviens, diront que je n’avais tout simplement qu’à éviter de dépeindre cet épisode de ma vie sur mon blog. Certes. Ceci dit, je ne raconte ici qu’une infime partie de mon quotidien puisque ce blog, si vous voulez, c’est un peu comme une vitrine : on y voit les choses en surface et seulement les choses que je décide de montrer. Le reste, ce qu’il y a à l’intérieur (si mon blog est une vitrine alors disons que ma vie privée c’est le magasin derrière, quelle prosaïque métaphore), je ne le partage pas. Et voyez-vous, je ne pensais pas que notre ami BIC pourrait un jour, potentiellement, faire partie de ce qu’il y a dans le magasin. Je pensais que cette petite épopée (oui, j’aime bien le mot épopée, il faut dire en plus que son utilisation s’avère dans ce cas précis on ne peut plus appropriée) n’était qu’une anecdote abracadabrante, invraisemblable et sans conséquence dont il était amusant de faire la narration puisqu’il était foncièrement établi dans mon esprit que les chances de nouer tout lien avec ce mec étaient à peu près aussi élevées que celles de me voir un jour devenir végétarienne. Si, suite à notre premier rendez-vous, monsieur n’avait pas fait preuve de la plus pusillanime des ignorances et s’était remanifesté dans un délai raisonnable (quatre semaines n’étant certainement pas un délai raisonnable), jamais ces articles n’auraient vu le jour, entendons-nous là-dessus.

Maintenant, la vraie question, l’interrogation substantielle qui vous empêche tous de dormir depuis bientôt un mois j’en suis convaincue, c’est comment son débarquement ici, sur ce blog, peut-il s’avérer probable voire imminent alors qu’il était établi comme susmentionné que le récit de cette histoire n’avait été conté qu’avec la suprême certitude que plus jamais je n’entendrai parler de lui ? Vous pourrez dès ce soir vous endormir heureux et apaisés (ce qui clairement ne sera pas mon cas), j’y viens.

Lundi 16 juin 2014

Cela fait donc un mois et demi que vous vous êtes rencontrés et, surtout, information hautement plus capitale à ce stade de votre lecture pour appréhender tout le caractère assez démentiel des événements qui vont suivre, quatre semaines que vous n’avez aucunes nouvelles. Nous sommes donc lundi, vous venez de poster deux jours plus tôt la deuxième et ce qui aurait normalement dû être l’ultime partie de votre chronique sur cette fameuse rencontre fortuite, néanmoins visiblement apocalyptique, et avez du coup décidé de ne plus jamais penser à ce mec qui se fiche manifestement de vous comme de sa première coquillette (crue). Bref, il est dix-neuf heures trente et vous rejoignez votre soeur à la sortie du métro pour retrouver des amis, vous écoutez de la musique sur votre téléphone et ne prêtez absolument aucune attention à tout ce qui se passe autour de vous. Vous êtes dans vos pensées, insouciante, encore à l’abri du missile qui va vous tomber dessus dans les six prochaines secondes, lorsque soudain quelqu’un vous bouscule légèrement pour se frayer un chemin à travers les couloirs du métro. L’annonce de la naissance d’un être conçu par une union entre un ornithorynque et un scarabée ne vous aurait pas choquée davantage, devant vous, là, avec ses cheveux en bataille, ses lunettes et la même veste que lors de votre premier rendez-vous, BIC. Dire que vous avez frôlé la crise cardiaque une nouvelle fois serait un euphémisme (il faut sérieusement qu’il arrête de redébarquer dans votre vie quand vous ne vous y attendez plus, votre santé ne tiendra pas éternellement le coup), cette fois, toute l’intégralité de votre corps cesse littéralement de fonctionner, tout particulièrement vos cordes vocales.
Euh… Je… Euh… Salut.
– Hum… Euh… Oui, euh… Salut.

Après ce bref et pertinent échange d’onomatopées, à votre plus grand étonnement, il ne part pas en courant, il s’écarte de la foule et vous fait la bise.
Et maintenant, forcément, je passe pour un connard parce que je ne t’ai jamais répondu.
OUI. ÉTOUFFE-TOI AVEC TES PÂTES CRUES, MEURS ET BRÛLE EN ENFER.
Euh… Oui, un peu.
Quelle répartie.
Je suis désolé, je ne sais pas quoi dire.
– Bah tu n’as qu’à dire que tu as cassé ton téléphone et que tu te le fais importer du Japon.

C’est mieux.
Non, euh… C’est un peu plus compliqué que ça… Mais on pourrait en discuter autour d’un verre ce week-end si tu veux.
Vous rembobinez cette phrase à peu près quatorze fois dans votre tête en l’espace d’une seconde pour en arriver à la conclusion suivante : le gars est en train de vous inviter à aller boire un verre pour vous expliquer pourquoi il ne vous a jamais rappelée pour aller boire un verre. Logique.
Euh… Ok.
– Je t’écris ce soir, promis.

Quatre semaines plus tard

Non, n’ayez crainte, il a bien écrit comme convenu après vous avoir croisée, vous vous êtes revus le dimanche de la même semaine (quelques jours plus tard donc, que le ciel soit loué vous n’avez pas eu à vous torturer l’esprit bien longtemps avec les théories suivantes qui, selon vous, étaient les seules à pouvoir justifier son attitude depuis le début : il part vivre à Kuala Lumpur/il a une maladie incurable/il a un micropénis) et il s’est bel et bien expliqué sur son silence radio. Note : Bien que cette conversation fasse partie des choses qui se trouvent en magasin et non en vitrine, il est toutefois important de préciser, étant donné l’incommensurabilité du soulagement, qu’aucune de vos hypothèses ne s’est avérée exacte (pas de micropénis à l’horizon donc, touchons du bois). Depuis, il écrit, il vous relance un petit peu et, pour fixer un rendez-vous, il répond aux messages dans la minute (vous en êtes d’ailleurs à chaque fois assez étonnée voire franchement émue puisque jusque-là, avec lui, c’était clairement les paralympiques de la communication). Quatre semaines plus tard donc, il y a de cela cinq jours, vous êtes au restaurant tous les deux, quand soudain il vous dit :
Oh et au fait, ton blog, tu l’as publié ?
Fichtre. Vous lui aviez parlé de votre blog il y a plus de deux mois, à l’époque où il n’était même pas encore en ligne et, surtout, à l’époque où vous ne pouviez assurément pas vous douter de la tournure quelque peu calamiteuse qu’allaient prendre les événements.
Euh… Et bien… C’est-à-dire… Oui.
Il sort son téléphone.
Tu me donnes l’adresse ?
– Euh… Et bien… C’est-à-dire… Non.
– Pourquoi ?

Double fichtre.
Bon, il faut que je te briefe. Tu te rappelles quand je t’avais dit que j’écrivais des chroniques ? Et bien en fait, euh…
– Tu parles de moi c’est ça ?
– C’est ça.

Il rit sincèrement.
Nan mais tu comprends à l’époque j’étais genre PERSUADÉE que je ne te reverrai jamais. Du coup bah comme c’était un peu une histoire de dingue, c’était marrant d’en faire une chronique…
Il rit de plus belle.
Ah mais ne t’inquiète pas, ça me va, le problème c’est juste que maintenant je suis encore plus curieux.

Avant-hier

Depuis votre rendez-vous au restaurant (enfin depuis la minute même où vous êtes rentrée chez vous pour être tout à fait honnête), vous avez absolument tout vérifié : vous avez analysé votre profil Facebook à peu près soixante-dix-huit fois grâce à l’invention divine du mode « Aperçu en tant que… » (Mark Zuckerberg est dorénavant votre Dieu, c’est un fait), tapé un milliard de mots-clés sur Google et avez réalisé, avec le plus grand des soulagements, qu’il ne pouvait rien trouver sur vous. Mis à part sous le pseudonyme Line Hogsark (qu’il ne connait pas), sur internet, vous n’existez pas. Vous avez donc repris le cours de votre vie de façon parfaitement sereine et apaisée (vous êtes arrivée à la conclusion qu’il ne pouvait découvrir ce fameux pseudonyme qu’à la suite d’une potentielle mise en relation sur Facebook, ce que par conséquent, vous l’avez décidé, vous refuserez jusqu’à la mort), nous sommes vendredi soir, vos amis viennent de partir et vous vous affalez sur votre lit, l’iPad en main. Vous faites votre petit tour habituel sur Facebook, Pinterest et Twitter, quand soudain, vous commettez l’irréparable.
PUTAIIIIIIN !
Votre soeur débarque en courant.
Qu’est-ce qui se passe ?
– Je me suis abonnée à lui sur Twitter.
– QUOI ?!
– JE ME SUIS ABONNÉE À LUI SUR TWITTER.
– Mais comment t’as fait ?!
– Bah j’étais sur son profil, là, à l’instant, par curiosité, j’ai voulu faire défiler la page et j’ai cliqué sur « Suivre » sans faire exprès. PUTAIN D’IPAD TACTILE DE MERDEEEEEEEEEEEEEEE.
– Il va voir que tu t’es abonnée du coup, c’est sûr.
– Mais je me suis désabonnée dans la seconde !
– Tu t’es désabonnée ?!
– Bah oui !
– Mais pourquoi ?!
– Bah je sais pas, RÉFLEXE !
– Mais c’est encore plus ridicule ! Le mec va voir que tu t’es abonnée mais que tu t’es désabonnée aussitôt. Ça fait pitié sérieux un peu, fallait assumer.
– Il a peut-être désactivé ses notifications…
– Peut-être. Mais il a probablement reçu un mail.
– Ah oui c’est vrai putain, ils envoient des mails.
– Après, certains les désactivent, genre les célébrités et leurs huit cent cinquante mille followers.
– Oui enfin le gars n’est pas une célébrité.
– Certes.
– Bon, il va aller sur mon blog en somme.
– Oui. Mais ça va le faire rire.

Conclusion finale

Vous hésitez entre l’arsenic, la corde, l’overdose de Lou Pérac périmé et, éventuellement, l’exil à Ouagadougou. Tous les moyens sont bons de toute manière pour éviter l’ultime humiliation face à BIC lors de votre prochain rendez-vous et les quelques six cents allusions qu’il fera très certainement en référence à vos articles tout au long de la soirée. Mais tout ça, très chers lecteurs, ce sera dans le magasin (si l’un d’entre vous n’avait pas compris la métaphore établie quelques paragraphes plus haut (il faudrait cependant avoir le QI d’une huître mais admettons), cela veut dire que je n’en parlerai pas ici). Qu’il fasse le mort une énième fois pour une nouvelle obscure raison, que son film préféré soit Fast and Furious ou Taxi 2, qu’il pousse jusqu’au fétichisme l’adoration des phalanges proximales ou, c’est également une éventualité, que cette histoire se termine bien, tout ceci restera désormais d’ordre privé (mais si, vous survivrez).

Post Scriptum : BIC (oui, ici tu t’appelles BIC comme tu l’as sûrement déjà compris), si tu lis cet article, si tu es en ce moment même derrière ton ordinateur ou ton fichu téléphone japonais, ce serait sympa de me prévenir et de m’envoyer un message, histoire que je me prépare psychologiquement.

#NowPlaying Soul Man, Sam & Dave.
Le 20 juillet 2014
Les mots
Pour aller plus vite tout en bas
  1. TinyLizzie, le 20 juillet 2014.

    Mwah ah ah ah ah ah (X 13500 fois)…

    Comment ça je ne te suis pas d’un grand soutient ? Attends, tu sais que je t’aime ma nièce. .. Mais là putain, tu t’es surpassée ! Manon à raison. Garde la tête haute, le poitrail conquérant et assume ! C’est ca etre une grande fille : Faire des gaffes encore et toujours tout en prétendant que tout est normal, tout va bien :)

  2. sweetmillie, le 20 juillet 2014.

    définitivement fan de ton écriture! ;)

  3. Mamzette, le 21 juillet 2014.

    Option d) le mec est futé, il tombe sur ton blog, se rend compte que tu écris particulièrement bien, que tu es particulièrement drôle et qu’effectivement, s’il avait donné des nouvelles plus tôt, il ne se serait pas trouvé dans cette situation qui soit dit en passant, lui confère un anonymat total, à moins de clamer haut et fort sur tous les réseaux sociaux qu’il a fait importer son portable du Japon. Il se dit que des nanas comme ça, il n’en croise pas tous les jours et que tu es carrément irrésistible. Ton magasin se transforme en centre commercial avec fontaine ETescalator et prospère jusqu’à la fin de ses jours.

  4. Célestine, le 21 juillet 2014.

    Ah là là, je confirme c’est toujours aussi DROLE, et tu es une vraie fille avec toutes les gaffes possibles et inimaginables….. Bon, sans blaguer, t »as pas les clés du magasin ??????? :)))))

  5. Aix Parisienne, le 21 juillet 2014.

    En tombant sur ton blog il va juste regretter de ne pas t’avoir appelé plus tôt, that’s all….Zéro humilation pour toi je trouve…Maintenant RAME BIC…. :-) :-)

  6. Miss Gaïa, le 22 juillet 2014.

    Merci pour tout les fou rires ! et BIC, s’il est comme tu nous l’a décrit, a de l’humour…
    Dans le cas contraire, Ouagadougou est une ville très sympa, je pourrais te donner des trucs !

  7. Margaux, le 22 juillet 2014.

    hahahaha.
    je sais, c’est pas super cool de se moquer, mais quand même !
    sache que je suis de tout coeur avec toi pour les minutes de gêne intense qui vont suivre sa découverte.
    Courage, fuyons.
    Et des bisous !

    ps: BIC = Bel Inconnu du Cinéma ou je me trompe ? Parce que ça aussi ça va être drôle à justifier.

  8. Laura Deci Delà, le 23 juillet 2014.

    Comme toujours, j’ai pris beaucoup de plaisir à lire ta chronique. Ton écriture est drôle et pleine de bons sens, j’ai toujours l’impression d’être à côté de toi, et de t’écouter me raconter ton histoire.
    Lorsque BIC va découvrir ce blog (si ce n’est pas déjà fait), il va, c’est sûr, s’intéresser encore plus à toi !
    Merci de faire vivre ce blog comme tu le fais, c’est un petit rayon de soleil dans ma journée ;-)
    Bisous
    Laura
    si-deci-dela.blogspot.com

  9. Workshoot, le 24 juillet 2014.

    Aaaaah Excellent, bonne dose de rire du matin !
    Merci pour ce partage <3
    Je comprend totalement ta position quand à protéger ton magasin, mais rassure-toi tes lecteurs ne lisent pas juste ton blog pour cette histoire ;)
    Bisous <3

  10. Marie, le 28 juillet 2014.

    J’adore cette histoire ! et franchement si BIC lit ta chronique il verra que tu es douée, drôle et encore plus irrésistible… Sinon il ne sait sans doute pas ce qu’il loupe !

  11. HUgo, le 29 juillet 2014.

    J’ai ri.

  12. Cedrik76, le 1 août 2014.

    Toujours aussi drôle…. j’adore, continue! BIC sera encore plus sous le charme…

  13. LOÏC, le 2 août 2014.

    Il a surement déjà craqué en lisant toutes tes chroniques! Si c’est pas le cas, il est nul.