Line Hogsark
Carnet de bord
Journal

Je regarde cette photo, je repense à mes vacances,
et j’essaie d’oublier que je viens incontestablement de passer
le pire samedi de mon existence toute entière.

Paris, le 17 août 2014

Line Hogsark_Photos_2014_Journal_017

Très chers lecteurs, sachez que si tout s’était passé comme prévu, hier, j’aurais dû vous poster un article pour vous divulguer (enfin) les sujets que j’ai choisis parmi ceux que vous m’aviez proposé pour les cinq prochaines chroniques (magnanime, je mets cependant ici fin à l’insoutenable suspense qui vous habite depuis maintenant des jours et des jours, non, je n’ai pas choisi les mycoses vaginales). Seulement voilà, le mec tout là-haut (si tant est qu’il existe) a décidé que non, non, ce serait vachement plus sympa de me faire passer la journée sous l’évier de ma salle de bain à me faire regretter de ne jamais avoir suivi aucune formation pour devenir plombier (quelle idée de faire de la communication, franchement). Du coup, l’article qui était prévu hier, ce sera pour après-demain, aujourd’hui, j’ai besoin d’extérioriser.

Extériorisation

Nous sommes donc samedi matin à Paris, il fait beau (si, c’est vrai, il fait beau), je suis par conséquent de bonne humeur (je suis toujours de bonne humeur mais quand il fait beau pour la première fois depuis un bicentenaire je sautille et je chantonne genre Mary Poppins) et je décide d’attaquer ma journée en mangeant mes oeufs dans mon bain devant le dernier épisode de The Leftovers que je n’ai pas eu le temps de regarder cette semaine. Je ne suis joie, bonheur, amour pour Justin Theroux et la cuisson parfaite de mes oeufs brouillés, quand soudain, je la vois, cette fuite sous l’évier. Je pose mon assiette, je sors du bain, j’évalue la chose et me dis que c’est bon, ça va aller, si je mets une bassine en dessous, j’ai le temps de finir mon épisode. C’était mal me connaître, deux minutes plus tard, rongée par le stress et l’angoisse, je fonce dans les toilettes pour couper l’arrivée d’eau, enfile un jean, un débardeur, une paire de tennis et fonce chez Leroy Merlin qui, grâce au ciel, à pied, est à cinq minutes de chez moi. En chemin, je relativise, je me dis que de toute façon, ce robinet vieux comme Mathusalem, ça faisait six mois que j’avais envie de le changer, que c’est tant mieux, que j’ai enfin une bonne excuse pour dépenser mes sous en bricolage et autres futilités.

Arrivée chez Leroy Merlin (cinq minutes plus tard donc), je suis au paradis. Par paradis j’entends que je suis tout aussi comblée que dans un magasin de chaussures et que je veux absolument tout acheter parce que, c’est clair, j’ai besoin de tout : d’une nouvelle barre pour mon rideau de douche, d’aimants pour fermer le placard de ma cuisine, d’écrous pour les nouvelles poignées du meuble de l’entrée, d’une nouvelle plaque d’isorel pour la bibliothèque du salon, de tablettes murales et d’équerres pour la cuisine, de vis dorées pour le loquet de la porte, de silicone pour refaire les joints de la baignoire, de deux ou trois rallonges, d’un variateur pour les ampoules basse consommation et j’en passe. Au final, j’en oublie presque mon robinet. Une fois rentrée à la maison, Mary Poppins m’habite donc de nouveau parce que l’idée de passer deux petites heures à bricoler pour mon appartement me met en joie. J’attaque cependant la fuite d’eau en premier (gardons le sens des priorités) et m’attelle au démontage du robinet.

Ce qui aurait normalement dû être une partie de plaisir pour moi, l’amoureuse du bricolage, se transforma assez vite en apocalypse, inondation et profération de tendres et doux jurons du style PUT*** DE BORDEL DE M*RDE DE SA MÈRE LA P*** JE VAIS LUI NIQ**R SA RACE À CETTE PUT*** DE SALLE DE BAIN DE M*RDE. Non parce que voyez-vous, le robinet préalablement installé par nos aïeux du Moyen Âge était clairement indémontable tellement il était rongé par la rouille et la moisissure (dans un élan d’altruisme je vous épargne un paragraphe sur les joies de l’olfaction à ce moment-là), j’ai donc véritablement passé plus de trois heures, clé à molette en main, à quatre pattes sous l’évier, le cou tordu, à dévisser un fichu écrou, millimètre par millimètre, le tout en faisant preuve d’une force dont je ne soupçonnais jusque-là pas l’existence (il faut croire que c’est vrai, dans les situations les plus extrêmes, on peut se surpasser). Par contre, au bout de deux heures, j’avais déjà des cloques sur chaque doigt, au moins deux torticolis et trois crampes au même mollet, j’ai donc fatalement passé la dernière heure à pleurer comme une abrutie sous mon évier. Une fois la tâche accomplie et après quelques sanglots de soulagement, il fallait cela dit installer le nouveau. Je ne vais pas vous faire un petit tutoriel en images, mais installer un robinet, c’est facile. Il suffit en fait de visser deux tuyaux et une tige en métal en dessous du robinet, de les faire passer dans le trou du lavabo, de visser un énorme écrou pour fixer le tout sous l’évier et puis, enfin, de relier les deux tuyaux du robinet à deux autres tuyaux qui correspondent à l’arrivée d’eau chaude et d’eau froide. Seulement voilà, parce que ce ne serait pas drôle sinon, dans ce cas précis, étant donné que les tuyaux de mon arrivée d’eau, à moi, avoisinent approximativement l’âge des Menhirs de Carnac, il était impossible d’y visser quoi que ce soit. De ce fait, évidemment, un deuxième aller-retour chez Leroy Merlin pour réparer le tout s’est avéré inévitable.

À ce stade de votre lecture, vous pouvez imaginer que je suis arrivée au bout de mes peines, que le pire est dorénavant derrière moi. Que nenni. Pour vous la faire courte, j’ai dû retourner chez Leroy Merlin encore deux fois pour acheter de nouveaux tuyaux et des mamelons doubles mâle/mâle 12×17 (je sais, ça vous parle), pallié à trois ou quatre inondations et fini trempée et en culotte sous l’évier de ma salle de bain à me dire Pitié, faites qu’il n’y ait pas de caméras cachées chez moi parce qu’avec ma clé à molette dans la main, à poil dans la flotte, j’ai clairement l’air de tourner une scène d’introduction pour une production Marc Dorcel. Au final, parce que je suis un être divin (je dirais même céleste), à vingt-deux heures trente, tout était réglé, ma salle de bain était prête pour une parution dans le prochain catalogue IKEA et plus aucune goutte ne fuitait nulle part (je crois désormais en Dieu, c’est un fait). Sachez d’ailleurs que je n’exagère en rien quand j’affirme avec la plus grande sincérité que jamais, au cours de mon existence, un sentiment de bonheur n’avait été si profond. Malheureusement, ce sentiment ne fut que de courte durée, quelques minutes plus tard, quand mes California Rolls saumon/fromage furent enfin commandés, mon épisode de The Fall calé et mon pyjama Pierrafeu enfilé (j’ai un pyjama de la famille Pierrafeu, tout à fait), catastrophe, désastre, drame, tragédie, calamité, ravage, cataclysme, fléau, je découvris une fuite dans les toilettes au niveau de l’arrivée d’eau, derrière le mur, sur un tuyau en cuivre d’un diamètre de cinq centimètres, probablement relié à tout mon immeuble.

Conclusion

Nous sommes dimanche, j’ai des cloques et des courbatures partout, je vais probablement mourir d’une pneumonie, il n’y a plus d’eau chez moi et je vais très certainement devoir hypothéquer ma table basse (mon bien le plus cher) pour pouvoir me payer un plombier. Voyons le côté positif des choses, j’ai découvert qu’on pouvait avoir des courbatures dans les doigts (c’est pas rien), ce soir je migre chez ma grand-mère, on va jouer aux petits chevaux et au Scrabble et demain matin elle va me faire, comme à son habitude, comme si j’avais toujours six ans, des pains au lait grillés avec du Nutella et une petite brique de jus d’orange (Mamie je t’aime).

#NowPlaying Alive, Empire of The Sun.
Le 17 août 2014
Les mots
Pour aller plus vite tout en bas
  1. Nat, le 17 août 2014.

    La grosse galère… Mais il faut se dire qu’au final t’y es arrivé :) Je n’aurais jamais pu le faire toute seule !!
    Héhé profite bien des petits pains grillés de ta mamie :)
    J’adore le petit short à pois, il est super joli !

    Des bisous

  2. alan, le 17 août 2014.

    si j’avais été là je t’aurais volontier aidé.
    paroles d’ancien plombier :-)

  3. Livresse des mots, le 17 août 2014.

    Pardon, mais j’ai ri, j’ai ri… ! :D Et compatis aussi, quand même, je ne suis pas un monstre.
    Merci de nous régaler de tes malheurs et de ta prose si délicieuse !

  4. Mamzette, le 18 août 2014.

    Alors dis-toi qu’au moins tu sais manier la clé à mollette, ce qui, pour tout mâle parcourant ton blog et assimilant la chose avec la petite culotte sous le lavabo, te transforme en fantasme ambulant. Ceci dit, sache également que vraiment, je compatis, mais que tu t’en sors bien. La dernière fois que j’ai eu un problème de plomberie, à savoir une petite fuite dans les toilettes, j’ai appelé un plombier qui a décidé qu’après tout, inutile de couper l’arrivée d’eau située dans les sous-sols inaccessibles à l’improviste. Résultat, à peine dévissé le tuyau, un kärscher dans l’appart’, 40 cm de flotte partout et les pompiers qui débarquent avec leur aspirateur à eau avant de me demander si le plombier – deux fois mon âge et obèse – est mon mari. Je crois que ce jour-là, j’ai drastiquement réduit mon espérance de vie.

  5. sweetmillie, le 18 août 2014.

    je viens d’emménager dans une maison et comme ce texte me parle! Pour les murs qui n’accueillent aucun clou, le plancher pas droit qui facilite la pose du lino, les différentes réparations successives des anciens locataires qu’il faut démonter pour enfin, faire un truc propre… bref, j’ai bien rigolé. ;) Bises

  6. Almonds and nuts, le 18 août 2014.

    Ouille, durs les week-ends comme ça… en tous cas, je suis admirative de tes connaissances en robinetterie et de ta ténacité! J’aurais appelé n’importe quel mec de mes connaissances, vite fait bien fait…
    J’espère que tes ennuis vont s’arrêter là! (je connais les apparts à fuite: quand ça commence, on ne sait jamais quand ça s’arrête…)

  7. K.t., le 20 août 2014.

    Tu en as de la chance. J ai moi aussi eu une fuite dimanche mais je n ai pas eu de petit pain avec de la Nutella.

  8. Mamie, le 21 août 2014.

    Bravo, tu es une championne, et merci pour le récit, trop drôle
    Je vais changer le menu du petit déj
    gros bisous je t’aime.

  9. jaivoulutester, le 30 août 2014.

    désolée, moi j’ai beaucoup rigolé ( je suis sadique tu crois?)mais je compatis, et tu t’en ai sorti haut-la-main, apparemment avec toi tout est castoche! et t’as vu, ta mamie veux changer le menu du pt déj…pas touche!!
    bonne journée!
    flo
    jaivoulutester;over-blog.com