Line Hogsark
Carnet de bord
Journal

Blue Drag, Jazz et hypotension orthostatique.

Paris, le 14 mai 2015

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J’ai remarqué qu’à chaque fois que je commençais à écrire ici, j’introduisais souvent mes articles par Au moment où je vous écris… et qu’ensuite je faisais un petit compte rendu assez détaillé de l’heure, de l’endroit où je me trouve, du temps qu’il fait, de ce que je porte et même, parfois, de ce que je suis en train de manger (parce que c’est bien connu, je mange tout le temps). Je crois que c’est parce que je suis quelqu’un qui aime bien toujours tout visualiser et donc que je transpose sur vous cette passion un peu bizarre en imaginant que, peut-être, vous êtes comme moi.

Moi, par exemple, quand je lis un livre, j’adore que l’on me décrive tous les recoins d’une pièce et tous ses détails, de la teinte du plancher qui grince aux bibelots que l’on trouve sur une étagère mal dépoussiérée en passant par la peinture de la fenêtre qui commence un peu à s’écailler et qui était probablement bleue autrefois mais qui, aujourd’hui, à cause du soleil, a perdu toute sa couleur. Et si en plus l’écrivain me parle des odeurs – celle du thé qui repose sur la table mêlée à celle de l’herbe mouillée après la pluie que le vent ramène à l’intérieur en passant sous les portes – alors je suis complètement emportée par mon imagination et je ne suis plus allongée sur mon canapé avec ma couverture, mes tartines de beurre salé et Paris qui vit dehors, mais dans cet univers dans lequel on essaie de me faire entrer. Évidemment, quand moi je vous écris, je ne vais pas jusque-là (déjà parce que chez moi, pour le coup, c’est nettement moins pittoresque, mais surtout parce que je me contente de vous parler de guacamole), j’aurais peur de vous embêter avec trop de details. Pourtant, c’est ce que je préfère, moi, les détails. Dans un livre, une musique, un paysage, un tableau, une maison, un film, un dessin, un homme, peu importe, je suis sensible à ce que l’on ne remarque pas tout de suite, aux petites choses, à ce qui nécessite de l’attention. Mais bref, je m’égare.

Alors au moment où je vous écris, il est six heures du matin (oui, je sais, c’est férié, je suis folle). Hier je me suis pourtant couchée tard (je n’ai d’ailleurs que deux heures de sommeil à mon actif alors je me dis que, vraisemblablement, si je ne meurs pas d’une hypotension orthostatique en sortant de mon lit tout à l’heure, c’est un miracle), mais quand j’ai ouvert les yeux pour la première fois ce matin après m’être réveillée suite à un rêve fort pénible (j’étais enfermée dans un supermarché et je m’énervais contre le sosie de David Douillet parce qu’il n’y avait plus de Danette – ce qui est assez perturbant étant donné que je n’aime pas trop les Danette, ni David Douillet d’ailleurs), j’ai trouvé la lumière tellement jolie dehors que je n’ai pas pu m’empêcher de me lever pour prendre une photo – je ne m’explique pas cet élan de détermination, c’est un mystère, une énigme. Je crois que c’est ce que je préfère dans le fait d’avoir installé ma chambre dans la véranda finalement : être dans une bulle de verre et, depuis mon lit, ne voir que ce grand panorama de toits parisiens. D’ailleurs, depuis quelques jours, je dors les fenêtres ouvertes, et comme ce sont de grandes baies vitrées qui se trouvent à peine à quinze centimètres de mon lit, j’ai l’impression de dormir dehors, à la belle étoile – mais sans les étoiles. Et après je chope une rhinopharyngite.

Il est donc six heures du matin, les fenêtres sont ouvertes, je viens de me lever pour mettre un petit gilet, dégommer sept-cent cinquante centilitres de jus de pamplemousse et me faire un café – et maintenant, toutes les dix-sept secondes, j’arrête d’écrire pour pouvoir tremper mes cookies dedans (tremper des cookies dans du café, ma vie ma passion). Je n’ai allumé aucune lumière parce qu’avec le ciel qui rend mes draps blancs légèrement roses je considère que ce serait une forme d’hérésie, il y a cet oiseau dehors dont j’ignore le nom mais qui fait des vocalises qui me rappellent l’été (ça m’énerve, je viens de passer une demi-heure à essayer de vous trouver le son de ce truc mais même en tapant bruit d’oiseau qui ressemble au hibou le matin en été, je ne trouve rien – ça me stresse tellement d’ailleurs que je viens quand même de me taper une vidéo de vingt-cinq minutes avec tous les chants de ces vertébrés tétrapodes, en vain) et, surtout, surtout, j’écoute du jazz. Note : Vous n’avez pas le droit de continuer à lire cet article sans d’abord écouter ce morceau. Ceci est un ordre.

J’adore le jazz (mais le bon vieux jazz), j’ai d’ailleurs toujours rêvé d’aller à la Nouvelle-Orléans – mais pas que pour la musique, aussi parce que c’est mon rêve d’adolescente d’aller un jour voir le manoir qui a inspiré à Anne Rice Le Lien Maléfique (un pavé de mille deux cents pages que j’ai dévoré en trois jours à quinze ans). J’irai avec mon pote Julien. Mon pote Julien, pour vous présenter le personnage en deux mots, c’est un mec qui aurait dû naître à une autre époque et pas en 1985 – genre au temps des pirates ou dans le Mississippi au tout début du siècle pour devenir un grand bluesman des années 30 (d’ailleurs arrêtez d’écouter du jazz pendant deux minutes et écoutez-moi cet autre morceau de Skip James qu’il m’a envoyé hier). Julien, c’est aussi le seul mec du monde qui peut t’écrire un message comme ça : Quand je rentrerai, on ira se balader avec 2,5 grammes de Trois Rivières dans les veines, chanter sur les toits au milieu des chats de gouttière ou écrire un morceau de blues qui cassera les cordes. Bref, c’est mon pote. D’ailleurs, si je vous parle de lui d’un coup, je crois que c’est parce que lui et Élise rentrent du Canada bientôt et que cette perspective me rend presque plus heureuse que celle de mon week-end dans la Nièvre qui m’attend d’ici quelques heures et durant lequel je vais pourtant sans doute ingérer l’équivalent d’un boeuf entier (mais avec un peu d’agneau aussi dedans – ça n’a pas de sens, je sais). Note : Élise, c’est sa copine, mais aussi surtout l’une de mes meilleures amies, et mis à part lorsqu’elle interviewe Ian Somerhalder pour son boulot et que mon âme se consume de haine et de jalousie, je l’aime plus que ma nouvelle paire de chaussures Sézane (je sais ma copine, ça te touche).

Sinon, et c’est pour ça que j’écrivais cet article à la base avant de m’égarer dans mes délires de peinture bleue et de Nouvelle-Orléans, je tenais à vous remercier pour tous vos gentils messages sur mon dernier article (pas celui des cocktails évidemment, celui-ci tout le monde s’en fout). C’est marrant, on ne se connait pas du tout, mais c’est vous qui me dites les plus jolies choses. J’écris ici pour moi, pour venir me vider la tête, avoir un espace léger, joyeux et distrayant où je pourrais venir raconter ce que je veux parce que j’adore écrire et parler de tout et de rien – enfin surtout de rien, d’accord. Parfois on me demande pourquoi je n’aborde pas des sujets plus sérieux, pourquoi je ne démontre pas plus d’expertise sur tel ou tel thème ou alors pourquoi je ne profite pas du fait d’être lue pour véhiculer des idées qui me tiennent pourtant à coeur. Je pourrais le faire, effectivement, mais je crois que je n’en ai tout simplement pas envie parce que ce n’est pas comme ça que j’appréhende ce blog. Pour moi ici c’est un petit journal de bord, un endroit personnel (mais paradoxalement public donc pas si personnel que ça) sur lequel je me sens bien. Et quand je lis que vous vous y sentez bien aussi, que vous riez et que mes articles vous mettent de bonne humeur pour la journée, alors j’ai le sourire jusqu’aux oreilles et moi aussi je suis de bonne humeur. C’est chouette de se dire qu’on apporte quelque chose aux autres, aussi insignifiant cela soit-il.

D’ailleurs, pour ceux qui s’inquiétaient, je vous assure que tout va bien, qu’en vous tapant cet article je danse en même temps dans mon lit en battant la mesure avec mon pied et que j’adore ma vie, comme toujours, même quand le destin semble s’acharner contre moi, que je vois BIC à l’autre bout du passage piéton et que je détale en courant pour éviter à mon organisme une rechute Parkinson (oui, force psychologique assez imparable = se planquer chez Carrefour). Je gère. Tranquille. Au calme.

Sur ce, je dois vous avouer qu’avoir parlé de jazz, de toits de Paris et de chats de gouttière, ça m’a donné envie de regarder Les Aristochats, alors moi, mon café et mes cookies, on va vous laisser et se rendormir devant.

Post Scriptum : Je réalise que, dans le genre article qui sert à rien, on est plutôt pas mal.

#NowPlaying Blue Drag, New Orleans Jazz Vipers.
Le 14 mai 2015
Les mots
Pour aller plus vite tout en bas
  1. Eléonore, le 15 mai 2015.

    J’adore ton style d’écriture, tes écrits me font beaucoup rire aha. Et oui les couleurs de ta photos sont vraiment sublime.
    Passe une bonne journée,

    http://sofunnygirl.blogspot.fr :)

  2. Laurielle, le 21 mai 2015.

    Chère Céline, je partage ton amour des détails et des longues descriptions dans les livres – et donc sur ton blog ;)
    J’aime le fait que l’on puisse t’imaginer précisément dans ta si jolie chambre, connaître des petits détails de ta vie qui nous font penser à nous-même ou en effet, nous donne le sourire et nous font un peu rêver (d’une chambre-véranda, par exemple, ohmondieuuu♥).
    J’espère voir vivre ce blog encore longtemps, merci à toi :)
    Bisous, Laurielle.