Line Hogsark
Carnet de bord
Journal / Photos

Une journée en Picardie avec les filles (majoritairement passée
à attendre des crêpes chez un patriote de France).

Paris, le 31 mai 2015

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Je fais les choses à l’envers. Je dois vous poster ce petit article depuis mardi dernier mais j’en ai d’abord écrit un autre pour m’épancher sur d’autres sujets, pourtant pas bien plus fascinants (exemple du genre : j’ai sympathisé avec des mecs de la dernière saison de Koh-Lanta et maintenant je regarde l’émission en live avec eux au téléphone – j’ai rarement vécu situation plus drolatique), mais d’un point de vue purement chronologique ça n’avait strictement aucun sens alors j’ai quand même préféré poster celui-ci dans un premier temps – Koh-Lanta, ce sera plus tard (je sais, je suis un être vil, abjecte, immonde, ignoble et méprisable).

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Mais parlons plutôt de ce qui ne vous intéresse pas : notre journée à attendre des crêpes. En fait, lundi, avec les filles, pour changer, on a voulu passer une petite journée en dehors de Paris. Les filles, c’est ma soeur et nos deux meilleures amies, Jade et Manon (deux Manon, faut suivre). Jade, c’est la meilleure amie de ma soeur, Manon c’est la mienne (de meilleure amie), et Jade et Manon (pas ma soeur, l’autre) sont cousines – c’est pas facile, je sais. Bref, lundi, personne ne bossait, donc on s’est dit qu’on allait prendre la voiture et se faire une journée juste entre filles. Ça n’arrive quasiment jamais, les journées juste entre filles – pour vous dire, la dernière fois, c’était le 25 octobre, la veille de mon anniversaire. On se voit pourtant toutes les semaines mais, généralement, avec nous, il y a toujours aussi les mecs ou alors d’autres amis. Avant c’était une tradition quand on vivait toutes encore chez nos parents, aujourd’hui c’est devenu assez rare que l’on se retrouve juste toutes les quatre. Ça me manque. On est toutes réellement très différentes, parfois je me demande comment c’est même d’ailleurs possible que l’on soit si proches, mais on se complète les unes les autres et je crois tout simplement que, finalement, depuis dix ans, on forme une famille et je sais que je les aimerai toute ma vie (je sais, c’est émouvant).

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Lundi, nous sommes donc parties à Senlis. Ne me demandez pas pourquoi, je n’en sais aujourd’hui toujours absolument rien. Je crois que c’est parce que Manon (ma meilleure amie) aime beaucoup cette petite ville, que moi j’ai dit un truc du genre Oui c’est vrai c’est tout pavé, c’est mignon, que Manon (ma soeur) a dit On ira se balader dans la forêt et que Jade a dit Ok, si y’a pas de sangliers. Note : S’en est suivi, par messages, la conversation groupée suivante assez improbable :
– Bah si, y’a des sangliers à Senlis.
– Mais t’es pas sérieuse ? Y’en a vers chez moi, dans l’Aube, mais pas à Senlis, si ? SI ?
– Bah si, regarde.

Capture d’écran Google avec la recherche Sangliers Senlis et la liste des liens correspondants : Senlis, un motard des douanes percuté par un sanglier. / Senlis veut se débarasser des sangliers squatteurs – Le Parisien.
– Ouais bah on va faire gaffe en voiture hein.
– Un jour mon père et mon cousin se baladaient à vélo et sont tombés nez à nez avec un sanglier. Les gars ont dû pédaler comme jamais.
– Bah on courra.
– Mais meuf, déjà à vélo c’était la mort, à pied on est finies.
– Qui prend une fourche ?
– J’ai mon opinel les gars.
– On peut partir sereines alors.
– Moi j’ai semé un mouton le week-end dernier, je suis parée.
– C’est pas le même délire un sanglier et un mouton, mais ok tranquille on te laissera maîtriser la bête.
– C’est dead, moi je vous laisse, je cours.

Voilà. C’est comme ça qu’on est parties à Sentis.

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Bon, par contre, le truc auquel on n’avait pas du tout pensé, c’est que c’était le lundi de Pentecôte et donc que tout allait être fermé (Senlis, une ville pas très engagée pour la journée de solidarité envers le troisième âge). Du coup on s’est un petit peu retrouvées comme des connes, dans la ville, seules (véritablement seules), à chercher quoi faire et, surtout, où manger. Une ville morte. Walking Dead. En plus, il faisait pas beau, il y avait du vent, Jade et moi on avait laissé notre veste dans la voiture (parce qu’au moment de sortir, bien évidemment, il y avait du soleil – le temps, ce salaud), on avait froid et le seul endroit dans lequel nous avons réussi à trouver refuge pour subvenir à nos besoins alimentaires, c’était une petite crêperie où il n’y avait de chaises libres qu’en terrasse sous un parasol qui faisait davantage office de parapluie. Alors sur les photos, on dirait qu’on est en train de passer une journée toute shiny (WordReference est votre ami j’ai dit), mais ça c’est l’effet blog, l’effet vitrine, l’effet on-dirait-que-tout-est-beau-tout-rose-tout-joli, en vrai, c’était la mort. La mort de l’âme. On a attendu nos crêpes pendant cinquante-cinq minutes alors que les gars ils avaient six clients (nous comprises – c’est qu’entre temps le restaurant s’était vidé), moi j’ai cru que la température ambiante n’allait plus permettre à mon corps d’assurer correctement ses fonctions vitales et le serveur nous a prises en grippe après que Manon (pas ma soeur – je précise parce qu’elle tient à son intégrité) lui ait demandé : Et sinon, dans vos crêpes, le chèvre, c’est du bon fromage artisanal ou alors c’est un truc de grandes surfaces genre Soignon ? Moi j’ai hésité à me cacher sous la table.

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Ensuite, je ne sais plus comment, mais ce fut la cerise sur la gâteau et sans conteste le moment le plus épique de cette journée, on a commencé à rentrer dans un débat idéologique avec ledit serveur qui a fini par nous lâcher un très naturel Alors moi je ne suis pas raciste, mais par contre je suis… Et là il a soulevé son pull pour nous montrer son gros tatouage bleu blanc rouge (je suis sérieuse, bleu blanc rouge) sur son pectoral gauche avec écrit en lettres capitales et l’équivalent d’une police taille cent soixante-douze Patriote de France. Jade a eu de la chance, l’arrière-train bordé de nouilles (je déteste cette expression, j’ignore pourquoi je l’utilise, fusillez-moi), elle était devant la porte des toilettes (elle est donc rentrée pour pouvoir extérioriser son fou rire, la traître), mais nous autres, pour avoir réussi à ne pas broncher face à ce mec assurément perché et vraisemblablement potentiellement raciste, on méritait clairement le prix d’interprétation féminine. Plus qu’Emmanuelle Bercot en tout cas.

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Sinon, après, on a déserté Senlis (tout de même – donc pas de sangliers) et on a repris la voiture pour aller se balader au parc du chateau de Chantilly (sept euros la balade, une blague). On a pris des petites photos de touristes en posant avec la statue d’Hippocrate, on a hésité à voler une petite voiturette ou à se greffer à celle d’une famille de chinois (enfin ça c’était mon idée mais les filles n’ont pas suivi, tristesse), on a marché puis on s’est posées sous un petit kiosque près d’un lac (enfin plutôt d’un marécage) qui puait au moins tout autant que mon appartement à l’époque de ses problèmes de plomberie.

Voilà. Je présume que vous êtes on ne peut plus heureux d’avoir eu le petit compte rendu de cette incroyable journée (je pense pouvoir affirmer que dans le genre article sans intérêt, on frôle le paroxysme – mais comme je vous l’ai dit, ici, c’est surtout mon journal de bord), donc sur ce, moi, je m’en vais me faire des oeufs brouillés et un jus de pamplemousse.

#NowPlaying 1998, Chet Faker.
Le 31 mai 2015
Les mots
Pour aller plus vite tout en bas
  1. matagathane, le 31 mai 2015.

    Bonjour Céline,

    D’ordinaire j’apprécie beaucoup vos articles au ton humoristique, tellement plaisant. Néanmoins, serais-je chauvine ? Probablement puisque celui narrant votre sortie dans l’Oise un lundi de Pentecôte m’a décontenancée.
    Senlisienne mais aussi fan absolue de WD, j’espère que vous conserverez plutôt les souvenirs du samedi 6 septembre dernier où (avec votre soeur) vous aviez, semblait-t-il, plus apprécié notre petit ville de province, ses hôtes, ses pavés et le parc de son château royal.

    J’irai très prochainement observer ce patriote dont j’ignorais l’existence. Je vous promets, à Senlis il y a bien d’autres choses à retenir que cette anecdote (sans intérêt ainsi que vous le dites) et j’imagine que votre meilleure amie Manon (pas votre soeur, haha -je vous suis-) pourra vous les faire découvrir. Nota : les sangliers vous les croiserez plutôt en forêt et généralement à la fin de l’automne.

    Bonne continuation pour la rédaction de votre journal de bord que je continuerai à lire avec plaisir.

  2. Nat, le 31 mai 2015.

    Ahahhh quelle aventure :) J’espère au moins qu’elles étaient bonnes les crêpes au final !

    Belles photos en tout cas !

    Bisous

  3. Laurielle, le 31 mai 2015.

    J’ai bien rigolé encore une fois, même si ça ressemble clairement à l’une de vos pires journées ensemble hahaha.
    Merci de partager tes trépidantes aventures avec nous !

  4. Margaux, le 1 juin 2015.

    Vous êtes trop mignonnes :)
    et j’espère que la crêpe valait le coup !

  5. Célia, le 1 juin 2015.

    Elle est si jolie Manon – meilleure amie – <3

  6. Lolli, le 1 juin 2015.

    Trop drôle, tu m’as bien fait rire ! j’imagine le gars qui vous montre son drapeau de patriote mdr y a vraiment des tordus dans ce monde :D