Line Hogsark
Carnet de bord
Journal

Le Blanc-Mesnil, Mozart, Compiègne et fenêtres à carreaux,
joie, félicité, allégresse et autres synonymes.

Paris, le 13 juin 2016

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Bon, vous vous en doutez, je n’ai pas pris cette photo récemment. En fait, je l’ai prise début mai, un dimanche matin à l’aube (littéralement à l’aube hein, il était sept heures du matin), mais j’ai décidé de la poster aujourd’hui parce que 1) c’est toujours sympa de se remémorer ce qui existait autrefois, à l’époque, naguère, jadis – des quais, 2) je n’ai rien d’autre sous la main parce que, comme je vous l’ai dit, je n’ai plus le temps. Mais bref, si vous le voulez bien, passons, j’aimerais autant ne pas (trop) parler de la pluie puisque s’il y a bien une chose que je déteste encore plus que la pluie, ce sont les gens qui ne font que parler de la pluie.

Aujourd’hui, nous sommes donc dimanche, il est dix-huit heures, il pleut tellement que ça cogne contre les fenêtres de ma véranda (je sais, je mentionne la pluie, mais dans un souci de contextualisation c’est fondamentalement crucial de le préciser), je suis installée sur mon lit avec notre nouveau plaid en alpaga (cadeau d’une cliente que je remercie encore du fond du coeur), mon café est posé sur le tabouret qui me sert de table de chevet à côté des trois nouveaux livres que j’ai achetés cette semaine, les guirlandes sont allumées parce qu’il fait un peu sombre à cause de ce temps gris, j’écoute la playlist qui me rappelle les vacances et on dirait que la gouttière bat la mesure parce que le bruit de l’eau qui tombe est parfaitement en rythme avec le morceau qui passe en ce moment. Je trouve ça rigolo.

Sinon, je viens de voir que cela faisait déjà deux semaines que je n’étais pas venue ici, alors que j’ai pourtant l’impression d’avoir écrit hier. Avant, je crois que je me serais sentie coupable, mais aujourd’hui j’ai envie de vous dire que ce n’est pas très grave, ici pour moi c’est un espace de bonne humeur et de légèreté, alors il vaut mieux que je vienne écrire occasionnellement quand je suis tranquillement allongée en musique avec la gouttière qui s’improvise instrument de percussion, plutôt qu’à deux heures du matin quand ma journée est finie, que je ne suis habitée que par le fantasme de l’assassinat du client qui me harcèle toutes les huit minutes pour me demander si j’ai bien reçu son mail il y a vingt-deux minutes (si), et que j’ai par conséquent envie d’attenter à mes jours en sectionnant mon artère fémorale à l’aide du couvercle d’une boîte de thon Saupiquet ou plus raisonnablement de m’exiler au fin fond de la Papouasie.

Bref, à la base, cet article, c’était pour vous dire que j’étais heureuse. Non pas qu’il y ait des jours où je ne sois pas véritablement heureuse, parce qu’être heureux c’est quelque chose qui s’apprend et se cultive au quotidien grâce aux plaisirs les plus simples (le prochain Dalaï-Lama, c’est moi – en toute modestie), mais il y a des jours où je le suis tout particulièrement. Comme à peu près tous les jours de cette dernière semaine par exemple, depuis que l’on a appris que mes parents allaient enfin pouvoir déménager. C’est peut-être très commun pour certains d’entre vous, un déménagement, mais pour nous c’est vraiment un nouveau départ. Je dis Nous parce que, même si ce sont techniquement mes parents qui partent puisque ma soeur et moi avons déménagé il y a maintenant plus de deux ans, on passe toujours énormément de temps chez eux et, là-bas, on appelle toujours ça La Maison.

On a tous vécu des millions de super moments dans cet appartement, mes grands-parents y ont emménagé dans les années 60, mon père et ma tante y ont grandi, ma mère est venue y habiter à vingt ans (avec eux donc), mes parents s’y sont mariés et puis ma soeur et moi y sommes nées et y avons passé les vingt premières années de nos vies. C’est aussi dans cet appartement que l’on jouait au Roi Lion, que j’ai construit nos premières cabanes, que je bouquinais jusque tard le soir avec la petite lampe bleue de mon bureau, que mon père installait le Circuit 24, que Bibou et moi on passait nos après-midis à regarder ma mère jouer à Tomb Raider, que l’on allait chercher des pizzas au camion près du rond-point tous les lundis, que je venais regarder la télé en cachette le soir et que mon père me prenait finalement avec lui dans le canapé pour regarder le match (c’était de toute façon impossible de dormir quand il criait après un but, autant donc rester éveillée et essayer de comprendre le hors-jeu avec le sel et le poivre).

J’ai adoré le Blanc-Mesnil aussi, mes cours d’anglais dès l’âge de cinq ans, les colonies de vacances à La Barre-de-Monts ou La Condamine-Châtelard, le cinéma Louis Daquin et les places à trois euros, le parc dans lequel on allait tout le temps jouer et où il y avait parfois le cirque qui s’installait (c’était assez peu commun de pouvoir donner à manger à des dromadaires en même temps que tu jouais au ballon), la bibliothèque du Forum, les cours de judo, de natation ou de gymnastique (tous abandonnés au bout de six mois, évidemment), la fête de la musique, les écoles de la Division Leclerc, mes amis et puis aussi mes professeurs et leurs idées (enfin, sauf celles de mon prof d’histoire qui faisait l’apologie de De Gaulle).

C’est vraiment chouette le Blanc-Mesnil (un peu moins quand le maire c’est Thierry Meignen et qu’on a son portrait sur tous les Abribus du comté en mode propagande et stalinisme), et c’est une ville dont la plupart des acteurs ont toujours accordé une grande importance à l’accessibilité culturelle et la réussite scolaire. Note : Si vous avez dix-huit minutes et trente-et-une secondes devant vous, je vous invite sincèrement à regarder le reportage de Sept à huit diffusé tout à l’heure sur le lycée Mozart, tout dernier lycée de France il y a dix ans (1593ème sur 1593 – je m’en souviens, j’étais en première, on avait des classes de trente-huit élèves et pas du tout la pression pour l’année d’après) et premier lycée public de France cette année. Je vous assure, si vous m’aimez ne serait-ce qu’un tout petit peu, regardez-le. Bon, clairement, vous ne serez pas submergés par la même nostalgie face à ces images (moi ça me fait tout drôle de revoir l’intérieur de mon lycée et nos salles de classe, de revoir M. Mallek et d’entendre la voix de M. Tomasi – je n’ai pas eu la chance d’avoir M. Archimbaud, contrairement à Manon et Jade), mais l’équipe est incroyable et le reportage mérite le détour. #SiSi #BigUp #FiertéMunicipale

Bref, tout ça pour vous dire que j’ai adoré grandir là-bas. Vraiment. Mais depuis une dizaine d’années, les souvenirs y sont moins rigolos et je rêve du jour où l’on va définitivement s’en aller. J’ai beaucoup écrit aujourd’hui et fait énormément de digressions (pour changer), mais c’était important pour moi de vous dire que si en ce moment j’étais si heureuse de partir, c’était uniquement pour des raisons strictement personnelles. Je n’aborde jamais de sujets réellement sérieux ici (désolée pour le houmous et Leroy Merlin), c’est un choix, mais la cause des banlieues défavorisées c’est quelque chose qui me tient à coeur, je suis fière d’avoir grandi dans ma cité et je ne voulais pas que l’on puisse penser que je voulais partir pour de mauvaises raisons (conscience politique et sociale, pardon).

Enfin voilà, maintenant, place à la joie, au bonheur, à la félicité, à l’allégresse : le 9 juillet, dans moins d’un mois, mes parents déménagent. On pourra se faire des barbecues et manger dehors, lire sur la terrasse, dîner dans une vraie salle à manger avec une cheminée, des chaises et tout (alors on avait des chaises hein chez moi quand même, mais on mangeait sur la petite table du salon), aller acheter du pain sans prendre la voiture, dormir dans des chambres avec des grandes fenêtres à carreaux comme dans le manoir des sorcières Mayfair (c’est comme ça que j’imaginais les fenêtres en lisant le livre), et ce en plein coeur du centre ville, à deux pas des petites rues pavées. Là-bas, j’ai l’impression d’être en vacances.

Je pourrais vous parler pendant des heures de la nouvelle vie qui attend mes parents à Compiègne, de mon père qui va s’acheter un vélo pour aller faire ses courses ou de ma mère qui passe sa vie à regarder les photos de leur nouveau chez eux et à simuler ses balades à pied sur Google Maps (elle est folle, mais on ne l’a jamais vue aussi heureuse), cela dit je pense que cet article est déjà assez long comme ça et que je vais éviter de vous écrire une Bible, une Torah et un Coran réunis (image quelque peu contestable, j’en conviens). Du coup, moi qui avais plein d’autres choses à raconter, je pense que je vais sobrement m’arrêter ici et revenir très vite dans la semaine pour vous parler de Canal+, de l’Euro, de Charmed, de Léo, du bonheur d’avoir les cheveux courts (enfin, au carré – sujet des plus fascinants, comme le houmous), de la salle de sport, des travaux dans le futur nouvel appartement de Margaux (maintenant je suis maître de chantier aussi, mais je kiffe), des années 80, de Sens Critique et de la pertinence de leurs sondages, de mon boulot et de mes vacances. Vous avez hâte, je le sais.

#NowPlaying The Wanderer, Dion & The Belmonts.
Le 13 juin 2016
Les mots
Pour aller plus vite tout en bas
  1. MargauX, le 13 juin 2016.

    <3 #TravauxForEver

  2. Allison, le 15 juin 2016.

    En tant qu’ancienne Compiègnoise, je dis Big up!